"Pelé", le documentaire qui rappelle à tous ce qu'était "le Roi"

Florent Malice
Florent Malice
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"Pelé", le documentaire qui rappelle à tous ce qu'était "le Roi"
Photo: © photonews

Cette semaine est sorti sur Netflix un documentaire au nom sobre : "Pelé". Un rappel à toutes les générations actuelles de ce que représentait "O Rei" pour le football, mais surtout pour le Brésil.

Le documentaire "Pelé" débute par un contraste osé, fort : après quelques images nous plaçant à la veille de la Coupe du Monde 1970 au Mexique, la dernière du génie brésilien, nous voilà ramenés au temps présent - et le Pelé qui se tient devant nous se traîne à l'aide d'une tribune avant de s'asseoir difficilement, marqué par le poids de l'âge - il a eu 80 ans en octobre dernier. Le contraste est touchant, et nous rapproche comme rarement d'un joueur ayant toujours pris de la hauteur, ne serait-ce que par son aura, là où un Diego Maradona avait toute sa vie étalé ses failles.

C'est l'un des intérêts principaux de ce documentaire d'1h48 : plutôt que de donner la parole à des analystes et joueurs actuels, il s'intéresse à ce qu'ont à dire les contemporains, qu'ils soient journalistes ayant couvert la Seleçao à la grande époque de Pelé ou, surtout, équipiers du Roi. L'un des plus marquants est sans contexte Zagallo, 89 ans, coéquipier puis entraîneur de Pelé, l'esprit toujours vif ; tous ont le sourire, entourent leur ami de leur affection et donnent au documentaire des allures de reportage tourné en maison de retraite. Pourtant, tous sont des légendes ; tous ont gagné au moins un titre mondial. 

Pas de grandes révélations, mais un rappel 

L'amoureux de football n'apprendra pas grand chose avec "Pelé" : comment le jeune génie de 17 ans remportera son premier Mondial en 1958, comment les blessures et le traitement "particulier" de défenses échaudées lui gâcheront par la suite la fête ; comment, en 1970, il est revenu pour un dernier récital et un troisième titre, record qu'il est le seul à détenir - et encore pour longtemps. 

Pelé
© photonews

Mais à l'heure ou Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ont modifié le mètre-étalon par rapport auquel toute future star sera jugée, à l'heure où le souvenir de Diego Maradona est vivace après son décès, et après que de nombreux "nouveaux Pelés" aient défilé (Robinho, Neymar, et plus récemment un Kylian Mbappé dont la ressemblance physique avec le jeune Pelé, cependant, est intriguante), les superbes images d'archives restaurées du documentaire de David Tryhorn permettront aux plus jeunes, au moins, de comprendre. 

Jamais révolutionnaire, mais toujours intéressant, ce documentaire nous rappelle que Pelé était le Brésil

De comprendre, d'abord, que Pelé était un joueur en avance sur son temps : au jeu frivole et technique des Brésiliens, parfois encore moqué par les Européens "pragmatiques", il amène l'efficacité, une puissance physique qu'il travaille dès son plus jeune âge, une discipline inédite. Pelé est l'un des premiers génies "complets" du football mondial - celui qu'il manquait aux Auriverde pour surmonter ce "complexe du métis" si bien décrit par les protagonistes, dont le plus douloureux souvenir reste le Maracanazo de 1950. Voyant son père pleurer après le but de Ghiggia offrant le titre mondial à l'Uruguay, le jeune Edson Arantes Do Nascimento lui promet alors qu'il remportera la Coupe pour lui. Il le fera à trois reprises. 

La part d'ombre 

Là où "Pelé" est plus inédit, c'est dans le regard plus intimiste qu'il offre : de manière contrôlée, bien sûr (nous sommes tout de même sur Netflix, et dans un documentaire approuvé par le Rei dans ses moindre détails, n'en doutons pas), Tryhorn montre une légende ne cachant pas ses failles. Des larmes qu'on devine honnêtes coulent au moment d'évoquer son dernier Mondial, sa rédemption alors que beaucoup le donnaient finis - même au Brésil.

Sa relation compliquée avec le sélectionneur Saldanha, ses difficultés conjugales - et son infidélité ! - ou encore sa difficulté à gérer la célébrité ("Je ne voulais plus être Pelé") : le triple champion du monde n'élude pas les sujets plus délicats. Sur le plan politique, sa complaisance avec la dictature d'Emilio Garrastazu Médici reste une ombre gênante, alors qu'un Cruyff ou un Maradona n'avaient pas hésité durant leur carrière à prendre des positions fortes ; Pelé, lui, s'est contenté d'être un joueur de football. "Je suis persuadé que j'ai amené plus au peuple du Brésil avec mes moyens que tous les hommes politiques de l'époque", estime-t-il ; "Pelé", documentaire parfois poétique, parfois révélateur, jamais révolutionnaire mais toujours intéressant, nous rappelle à quel point il a raison. Pelé n'était "qu'un" joueur de football, mais Pelé était le Brésil. 

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