Analyse "Anelka,l'incompris" : portrait orienté d'un écorché vif

Florent Malice
Florent Malice
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"Anelka,l'incompris" : portrait orienté d'un écorché vif
Photo: © photonews

Le documentaire "Anelka, l'incompris" est sorti ce mercredi sur la plate-forme de streaming Netflix. Présenté comme, enfin, la vérité sortie de la bouche du joueur, il peine à remplir ses promesses ... sans être manqué pour autant.

"Tout ce que j'ai fait, ne le fais pas : tu vas te mettre tout le monde à dos". Dans une introduction grandiloquente et un peu dramatique, Nicolas Anelka, marchant dans les dunes de Dubaï, nous prévient d'emblée : il n'est pas un exemple - et il aura le bon goût, durant l'heure et demie du documentaire "Anelka, l'incompris", de ne pas tenter de nous persuader du contraire.

Le format est simple : le joueur, face caméra, raconte son histoire, selon son point de vue, entrecoupé de celui d'intervenants de luxe : Thierry Henry, son ami d'enfance l'acteur Omar Sy, Didier Drogba, Arsène Wenger, William Gallas, Robert Pirès. De luxe, mais à décharge : tous sont naturellement triés sur le volet et, malheureusement, n'apporteront que peu de contradiction à Nicolas Anelka. 

De belles images et un personnage attachant 

Parlons du positif, car il y en a beaucoup : brillamment filmé et mis en images, "Anelka, l'incompris" montre une facette de l'ex-international français que le public n'avait jamais eu l'occasion de connaître et que, il faut l'admettre, bien peu de journalistes avaient intérêt à montrer. Éloquent, mari et père aimant, calme, lucide sur son côté matérialiste ("Je voulais être une star") et pas franchement antipathique, Anelka se montre loin de l'image de "racaille" ou de "caïd" qu'on a pu lui coller toute sa carrière. 

On ne peut d'ailleurs que prendre le parti du joueur quand se succèdent à l'écran les images d'archives de politiques français - François Hollande, Roselyne Bachelot, Nicolas Sarkozy - jugeant en ces termes le joueur et sa génération, sans nuance aucune et avec pour résultat clair de creuser le gouffre entre Équipe de France et public. 

"Je l'ai mal pris" 

Malheureusement, le documentaire n'est pas toujours aussi satisfaisant. S'il offre un regard cru et honnête sur le passage d'Anelka au Real Madrid ("J'étais pas bon", "C'était trop tôt dans ma carrière" ...) et sur le sentiment qu'a l'attaquant de ne pas avoir réellement pris part aux deux principaux trophées de sa carrière, à savoir la Ligue des Champions et l'Euro 2000, on regrettera des ellipses franchement décevantes, comme concernant son retour au PSG, limité à ... une phrase. Un choix que le joueur regrette lui-même récemment dans un live Instagram avec Sabri le Parisien : "Je crois qu'ils ont coupé, je n'étais pas d'accord. On s'est bagarrés sur le montage", reconnaît Anelka, qui aurait aimé faire une série plutôt qu'un long-format. 

On regrette aussi l'aspect au final très peu lucide du joueur (et du documentaire qui ne lui apporte aucune contradiction) concernant ses différents coups de sang : chaque épisode, que ce soit à WBA, sous Jacques Santini et Raymond Domenech en Équipe de France ou au Real Madrid, peut se résumer par cette phrase qui revient souvent - "Je l'ai mal pris". Comme un Peter Pan du football, Anelka a toujours refusé qu'on lui dise non, manqué de patience, et conduit lui-même sa carrière d'ornière en ornière. 

Le fameux épisode de la quenelle est également présenté avec une mauvaise foi assez folle de la part du Français, qui affirme qu'au moment où il effectue son geste, il ignore qu'il s'agit d'une référence directe à Dieudonné. Un mensonge, tout simplement, car à l'époque, dans Metro News, Anelka affirme qu'il "ne regrette pas d'avoir via ce geste soutenu son "frère" Dieudonné". Rien à voir avec le prétendu antisémitisme du geste ou du joueur (nous n'entrerons pas dans ce débat), mais bien avec l'honnêteté due au public - Anelka ment, et ceux qui prennent le documentaire pour Évangile y verront la vérité. 

Un goût de trop peu ? 

Malgré ces éléments, "Anelka, l'insoumis" reste un documentaire à voir pour tout amateur de football, sans que celui-ci doive espérer de grandes révélations (nous laisserons au lecteur le plaisir de découvrir la couverture de l'épisode Knysna, assez exhaustive et pour le coup réussie). Nicolas Anelka semble être un personnage intelligent, qui a plus de choses à dire qu'on le croirait ; sans réclamer qu'on évoque son passage-fantôme en Belgique lors du vrai-faux rachat du club d'Ath en 2015, quelques mots sur ses épisodes chinois ou indien auraient été des bonus intéressants. 

Pour le reste, ce portrait à décharge et orienté doit être pris pour ce qu'il est - un beau film, une brève plongée dans l'intimité d'un joueur resté mystérieux toute sa carrière, et qui propose une palette d'intervenants 5 étoiles. C'est déjà bien. 

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