Interview Rencontre avec Xavier Diskeuve, réalisateur du court métrage "Le Petit Prodige" : "Les agents, c'est vraiment un drôle de monde"

Antoine Bourlon
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Rencontre avec Xavier Diskeuve, réalisateur du court métrage "Le Petit Prodige" : "Les agents, c'est vraiment un drôle de monde"

Son court métrage, qui raconte l'histoire d'un jeune pianiste pris dans les magouilles de deux agents de football, fait le tour des festivals du monde entier. Nous avons échangé avec le réalisateur namurois, histoire de parler de foot, d'arbitrage, de sport, de cinéma, et encore de foot.

Pour son 6e court métrage, le premier coproduit par la RTBF, Xavier Diskeuve a décidé de s'inspirer de l'univers du football pour réaliser Le Petit Prodige. Félix Lambilotte (joué par Nicolas Lacroix), jeune talent sur le point de passer un important concours de piano, est embobiné par ses deux cousins, agents de football peu scrupuleux. Félix devient le temps d'une journée Otar Kinkladze, pépite géorgienne ayant soi-disant terrorisé les pelouses avec son club de Tbilissi. Le jeune homme va connaître sa première expérience sur les terrains et en dehors, à ses dépens, mais aussi pour notre plus grand plaisir. 

L'occasion était trop belle, tant les films sur le football ne courent pas les rues, encore moins quant à cet aspect tant décrié et plus que jamais d'actualité que sont les opérations peu scrupuleuses et très juteuses de la part des agents. Le réalisateur namurois a avec plaisir et passion accepté de répondre à nos questions. 

Walfoot : Comment vous est venu cette idée de réaliser un film se plongeant dans le milieu du football ? Cela a-t-il été aidé par vos affinités avec ce sport ? Vous avez un fils, Théophile, qui est devenu récemment arbitre professionnel. 

Xavier Diskeuve : "J'aime bien le football, j'ai toujours été passionné. Cela m'arrive d'ailleurs encore de jouer au foot en salle. Le jour où je devrais arrêter, ça va être horrible. Mes trois gamins - Hippolyte, Théophile et Basile - ont aussi joué, au CAPS, près du quartier des Balances à Namur. Il y avait des gens de plusieurs nationalités parce que c'est un quartier avec beaucoup d'origines étrangères. Et tout à coup, Hippolyte et Théophile ont basculé dans l'arbitrage. Du coup j'ai un peu découvert le football par l'envers du décor, avec toute la dimension qu'est celle de l'arbitrage. J'avais toujours mal au ventre d'aller les voir arbitrer, parce que les gens sont agressifs. Ils ont conduit leur parcours admirablement et ça a fait d'eux des hommes qui regardent les gens dans le blanc des yeux. Et c'est une belle récompense que Théophile passe pro, parce qu'il y a mis beaucoup d'efforts.

J'ai aussi découvert le football parce que j'ai été journaliste sportif à L'Avenir. Je travaillais dans le cyclisme mais j'étais tout le temps en contact avec des collègues qui travaillaient dans le foot." 

Justement, le milieu du football et son envers du décor, vous le mettez un peu en contraste avec celui de la musique classique.

"L'idée que j'avais de base c'était de quelqu'un qui rentre en contact avec le milieu du football sans rien y connaître. Et donc avec l'idée qu'il ressemble à un autre joueur, que ça tourne mal et qu'il se retrouve sur le terrain. Je ne savais pas comment cela pouvait aboutir, puis j'ai pensé à un petit pianiste qui va être plongé dans une marmite de foot et que cela va l'aider à avoir le choc de personnalité qui lui manquait. Il y a aussi une mise en parallèle, où je compare les deux milieux. Je ne dénonce pas grand-chose quand je montre le foot de cette manière, où on est dans un club de D3/D1B avec pleins de joueurs de nationalités différentes qu'on envoie en match de recrutement. D'ailleurs, je suis déjà allé en voir, pour voir un peu comment ça se passait et en me documentant un peu.

Mais au final la musique classique c'est aussi un milieu où il y a beaucoup de compétition. Je le fais apparaître aussi comme un milieu élitiste. On rentre dans une école de musique comme un rentre dans une académie de football, un peu. L'idée, c'est que pour percer dans l'un ou l'autre, il faut de la gnaque."

Les deux cousins sont vraiment le cliché parfait des agents de football : véreux, menteurs, habillés en costard, ils règlent tout grâce à l'argent. 

"C'est pas différent de ce qu'on voit. Il y a un reportage sur l'agent d'Edmilson Junior et Nacer Chadli où on le voit aller dans la famille et assurer que tout va bien se passer. C'est un peu des espèces de bonimenteurs, et ce qui est incroyable c'est les sommes qui sont en jeu. Quand tu vois ce que ça peut rapporter avec des joueurs comme Edmilson ou Chadli par exemple, c'est des fortunes incroyables pour des familles qui vivent dans des HLM. Ils entourloupent tout le monde et donnent du rêve aux gens en leur faisant miroiter des sommes invraisemblables. C'est vraiment un drôle de monde.

Alors oui, on est fort dans la caricature mais c'est inspiré de le réalité. Je fais pas ce court-métrage pour dénoncer un milieu ou quoi, mais si on peut y trouver des touches de vérité, tant mieux."

Il y a des limites, des difficultés ou des frustrations à choisir le format d'un court métrage ? 

"Il y avait un appel de projet de la RTBF pour une comédie en court métrage. C'est mon 6e, donc j'ai déjà un peu la main. J'ai un peu regardé ce que j'avais dans mes cartons, j'avais un début et une fin, puis j'ai rajouté ce qui donnait du sens à l'histoire. Après il faut trouver les comédiens, les décors, les gens pour le son etc. On tourne et puis on monte, et c'est un travail d'un an au final. 

J'avais déjà fait un long métrage qui s'appelle Jacques A Vu, et le temps que ça se fasse il s'est passé 6 ou 7 ans. On est aussi dans une économie beaucoup plus grande, il faut beaucoup plus de moyens. La recherche de l'argent, le tournage, la post-production, tout cela prend beaucoup de temps. Je suis revenu au format du court parce que je pouvais en faire à un rythme plus soutenu et c'est beaucoup moins cher.

On ne doit pas non plus faire des entrées en salle. Un court comme ça, il va dans le monde entier.  Ca fait un mois et demi qu'il est sorti et j'ai déjà eu un prix au Japon, il va passer à New York, à Bali, même en France (rires). On diffuse aussi de temps en temps à la télé, aussi avec Auvio et Internet, c'est une vie intéressante pour un court-métrage." 

Vous avez aussi un autre court en compétition qui parle de sport (Tonton Maurice, qui raconte l'histoire d'un centenaire qui  veut battre le record du 100 m). 

"Oui, il a été réalisé il y a un an mais tourne encore. Le côté obscur dans ce court-là, c'est le dopage. Je suis un peu tombé par hasard sur un festival à Barcelone sur les films liés au sport, le BCN Sport Film. Il n'y en a pas beaucoup, la plupart du temps c'est des documentaires. Là, ils ont pris les deux que je leur ai envoyé. C'est rare, parce qu’obtenir la sélection d’un seul film, c'est déjà pas facile (rires).

Quel est le potentiel cinématographique dans le football ? Par exemple, il y a une scène dans le film où Félix joue un match. 

"Tourner du foot, c'est compliqué. L'idée c'était d'avoir un match à huis-clos, sans public qui pouvait compliquer la chose.  Il y avait aussi cette nécessité de pouvoir ajouter un joueur dans une équipe dont les joueurs ne se connaissent pas, ce qui est le cas dans un match de recrutement  Ca a été difficile de trouver des joueurs, surtout que j'en voulais de toutes les nationalités. On a même complété avec des gens de l'équipe de tournage (rires). On a obtenu deux jours de tournage dans le stade de l'UR Namur, qui sera peut-être détruit dans deux ans, donc il en restera des traces dans le film.

C'est assez dur de tourner les scènes de football dans la mesure où il faut que cela soit naturel. On a utilisé une steadycam (une méthode de stabilisation de la caméra, ndlr), qui permet donc de filmer quand l'acteur court. La caméra circule au milieu des joueurs en action, et ils finissent par oublier sa présence . Il y a une scène où Félix rate une occasion et envoie le ballon sur la barre, c'était super difficile parce qu'en fait à chaque il fois il marquait, on a dû la refaire 6-7 fois (rires). C'est difficile pour que ce soit naturel, ou alors tu dois vraiment chorégraphier. Le foot c'est basé sur la difficulté, dans le sens où aucun entraîneur n'arrive même à parfaitement mettre en place ce qu'il veut faire." 

"Le Petit prodige" (The Little Prodigy", un film court de Xavier Diskeuve (22', Belgium, avril 2022)

Avec Nicolas Lacroix, François Maniquet, Jean-Philippe Lejeune, Alain Perpète, Marie-Noëlle Hébrant, Olivier Massart, Maude Richard, Laurent Elmer Dauvillée, Vincent Pagé, John-John Mossoux, Vanessa Lhuillier, Gaétan Delbart, Alain Azarkadon...

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