Vincent II de Bavière : comment la deuxième phase du plan de Kompany a changé le Bayern
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Vincent Kompany a encore renforcé sa cote de popularité en remportant la Bundesliga avec le Bayern Munich. Son approche fait l'unanimité en Allemagne.
A Anderlecht, certains estimaient que Vincent Kompany prenait trop de place. Nous ne vous ferons pas chaque année l'injure de continuer le décompte des trophées remportés par Kompany avant que le Sporting n'en regagne un.
Cela ne fait que remuer le couteau dans la plaie mauve. Vince the Prince, lui, a compris. Qu'en tant que tout jeune entraîneur, il avait sans doute lui aussi commis des erreurs, tout Kompany qu'il est. Et il s'en est servi.
S'était-il montré trop ambitieux pour le noyau à sa disposition ? Le jeu prôné réclame d'indéniables qualités techniques et un QI football au-dessus de la moyenne. Que certains n'avaient pas.
Des exigences sur lesquelles on ne transige pas
Toutes proportions gardées, la même frustration s'applique à Hein Vanhaezebrouck, que Kompany a suivi de quelques mois : deux noms qu'Anderlecht regardait avec admiration et envie (ou plutôt rêve inavouable dans le cas de Kompany) pour leurs principes sans compromis. Deux noms qui ont fini par signer au Lotto Park mais qui ont débarqué au pire moment possible : quand le club était en pleine restructuration, que les guéguerres au sein de la direction avaient de lourdes conséquences sur la versatilité et la qualité du noyau.
A Burneley aussi, Vincent Kompany a été confronté aux limites de son football lorsque le déficit qualitatif de son équipe était trop important pour les standards du championnat. Dans cette optique, son arrivée au Bayern sonnait comme une belle opportunité d'explorer ce que sa méthode avait sous le coude quand on lui mettait à disposition la crème de la crème.
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La première saison a inévitablement été très Kompany-centrée : une nouvelle ère pour repartir à la conquête de la Bundesliga perdue, une image presque professorale pour inculquer aux joueurs les moindres détails de sa philosophie de jeu, les préparer à chaque situation rencontrée.
Le carcan était posé, rendant la deuxième saison plus exaltante encore, en voyant son groupe se mettre en mode pilote automatique. Avec son charisme et son expérience du haut niveau, Vincent Kompany occupe naturellement l'espace lorsqu'il entre dans un vestiaire. Mais pour lui, le plaisir ultime réside dans le fait de n'être là que pour accompagner son groupe dans la voie tracée, en rectifiant seulement quelques détails.
Son discours avant la double confrontation contre le Real Madrid est éloquent : "Je me souviens quand j’étais joueur et que nous avions ce genre de matchs : ce que tu voulais, c’est qu’on te donne la liberté d’être toi-même. Et le talent s’en charge. Le reste est marginal et j’essaie que cette marginalité joue en notre faveur".
C'est dans cette autonomie laissée aux joueurs que la différence avec la première saison est la plus perceptible : la confiance engrangée, la répétition et la qualité de l'effectif font beaucoup. "Cette équipe s’est gagnée le droit et la liberté de jouer ainsi. Ils jouent si bien que je ne vais pas changer l’approche en fonction de l’adversaire. Nous jouons de la même manière contre le PSG et aujourd’hui contre le Real Madrid. Et ils l’ont fait tout aussi bien. Les changements que je fais sont seulement pour rafraîchir".
L'unanimité au sein du Bayern
C'est évidemment un cercle vertueux : il est plus facile de prendre moins de place avec un noyau comme celui du Bayern qu'avec l'équipe qui était à sa disposition à Anderlecht, de prôner l'offensive sans compromis avec des joueurs d'une telle qualité. Mais la balance peut malgré tout être difficile à trouver, même au plus haut niveau. Il n'y a qu'à entendre la comparaison tenue par Uli Hoeneß entre Vincent Kompany et son prédécesseur Thomas Tuchel.
"Deux choses sont importantes. Ce coach [Kompany] rend chaque joueur meilleur. Et je ne l’ai jamais vu tenir une conférence de presse où il disait : 'J’ai besoin d’un arrière gauche, j’ai besoin d’un arrière droit', comme c’était le cas sous Tuchel", explique le président d'honneur du Bayern dans le podcast Auf eine weiß-blaue Tasse.
"Quand l’équipe ne jouait pas bien, il [Tuchel] ne s’est jamais remis en question ; c’était toujours la faute de l’équipe : 'Ce joueur est parti à la faute, ce but vient d'une erreur individuelle. Il a une fois demandé à Stanišić s’il parlait allemand, alors qu’il est né ici. Ce sont toutes des choses inacceptables. Et c’est la grande différence", poursuit Hoeneß.
C'est là tout ce qui caractérise Vincent Kompany : un entraîneur profondément humain. Et l'humanité consiste aussi à faire confiance. Pour le meilleur et pour le pire.