Interview Simon Ligot : "Je n'en veux pas au Standard"

Antoine Bourlon
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Simon Ligot : "Je n'en veux pas au Standard"
Photo: © Photonews

Passé par les jeunes du Standard puis au RFC Liège notamment, Simon Ligot décidait il y a 3 ans de mettre un terme à sa carrière suite à des douleurs répétées à la hanche. Il s'est confié à cœur ouvert, en toute honnêteté et sincérité.

Après avoir été repéré par le Standard de Liège, où il intègre les jeunes, les U19 puis les U21, Simon Ligot (29 ans) tente alors de gagner du temps de jeu et de l'expérience en Hongrie, à Ujpest, club du fils de Roland Duchâtelet, Roderick. Déjà à cette époque, ses problèmes à la hanche le freinent dans sa progression. Il est ensuite prêté à Visé, qui malheureusement tombe en faillite peu de temps après, puis part au RFC Liège. Chez les Sang et Marine, alors qu'il revient bien dans le coup, on lui diagnostique un conflit antérieur de la hanche. Une opération se révèle alors indispensable. Le back droit multipliera ensuite les complications médicales et, à 26 ans, décidera de stopper les frais et de mettre un terme à sa carrière après un bref passage à Solières. 

Walfoot : Qu'est-ce qui a coincé à l'époque chez les U21 du Standard et qui a fait que tu n'aies pas intégré l'équipe première ? 

Simon Ligot : "Ils voulaient me faire jouer encore un an en réserve. Cela faisait déjà deux ans que j'étais titulaire à presque tous les matchs, donc je n'avais plus rien à apprendre. Je leur ai dit que je voulais jouer avec des adultes. Duchâtelet m'a dit qu'Ujpest était en stage à Saint-Trond, qu'ils jouaient un amical contre Malines et qu'ils avaient besoin d'un back droit. J'ai visiblement fait un bon match contre Malines et quelques jours plus tard, eh bien je partais à Budapest." 

A cette période, tu as été appelé chez les jeunes de la Belgique (U17 et U18). Quel effet ça fait, quand on est si jeune, de se dire que l'on va revêtir le maillot de l'équipe nationale ? 

"C'était bizarre parce que quand j'ai été appelé j'étais toujours à Schaltin à l'époque. J'ai passé les différents échelons de la sélection provinciale. Le sélectionneur m'a dit que si je voulais continuer à jouer pour l'équipe nationale, je devais trouver un club professionnel. De là, à mon avis, c'est eux qui m'ont cité au Standard. Je ne pensais pas du tout faire carrière dans le foot. Moi, je m'amusais bien dans mon petit club de village." 

Est-ce que tu te dis, avec le recul, que le choix d'aller à Ujpest a été le bon ? 

"J'ai adoré. J'aurais bien voulu rester. Je me suis vraiment bien amusé, que ce soit avec les gens de l'équipe, et puis c'était mes premières minutes en professionnel. Je suis arrivé quand ils étaient en fin de préparation, puis j'ai directement su saisir ma chance et être titulaire plusieurs matchs d'affilée. Le problème, c'est que je commençais vraiment à avoir mal au niveau de ma hanche. Après la mi-saison, cela devenait insupportable donc je suis reparti me soigner au Standard. Là-bas, alors que ça faisait depuis mes 16-17 ans que j'avais mal à la hanche et que j'avais compris - à Ujpest - que j'avais quelque chose, on me dit que je n'ai rien. Qui croire à ce moment-là, quand t'as 19 ans ? Quand le Standard te dit : 'Ils (Ujpest) n'y connaissent rien, nous on est à la pointe' ? Donc ils m'ont dit que c'était juste un problème de souplesse puis je suis reparti à Budapest. Avec le nouveau coach, je suis passé de titulaire à banquette et même parfois dans le stade. J'en garde un super souvenir, même si je n'ai pas joué les 6 derniers mois. Cette année m'a apporté énormément, en plus Budapest est une super belle ville."

"Après, je ne voulais plus d'agent et j'ai viré celui que j'avais. Je suis désolé, mais si tu ne prends pas de nouvelles et si t'es là que quand ça va...ben basta quoi. J'ai été convoqué parce que ça ne se faisait pas, et c'est arrivé aux oreilles de Duchâtelet (rires). En plus c'était Dudu Dahan, qui était vraiment "l'agent" du Standard à ce moment-là. Mais voilà, moi j'ai des valeurs et je m'en fous de l'argent. Je ne regrette pas ce côté-là du foot, je détestais ce monde-là. J'ai toujours adoré jouer au foot mais je n'ai jamais regardé un seul match de foot, je ne sais pas citer un seul joueur, mes copains se sont toujours foutus de moi à ce niveau-là (rires)."

Manque de bol : quand on te prête à Visé, le club fait faillite...

"Visé à fait faillite un mois après mon arrivée. On m'a dit que je devais honorer mon prêt pour toujours être payé. J'ai dû jouer avec l'équipe réserve, avec des plus jeunes. Au moins, j'ai pu continuer à faire des matchs et à garder le rythme. Je n'en garde pas une mauvaise expérience en soi." 

simon ligot liege

Quand tu arrives à Liège, les problèmes que tu as aux hanches commencent à être de plus en plus importants...

"A Liège, tout se passait très bien au début. J'étais titulaire, il y avait une super bonne ambiance...Bref, le foot que j'aime. Je continuais à jouer en me plaignant de ma hanche, mais vu que le Standard m'avait dit que j'avais juste un manque de souplesse, tu te dis : 'Ils y connaissent quelque chose, je leur fais confiance'. Je commençais vraiment à avoir très très mal, et en continuant à jouer malgré les douleurs j'ai provoqué une pubalgie. Je suis allé voir un spécialiste, et il m'a dit : 'Si vous ne vous faites pas opérer de la hanche, vous ne guérirez jamais de votre pubalgie'. Quelqu'un avait enfin mis un nom sur mes problèmes, 'Je ne suis pas fou', j'ai pensé. L'IRM etc ont montré que j'avais des hanches de 50-60 balais, et que je devais me faire opérer pour un surplus d'os qui érodait mon cartilage ; c'est ce qu'on appelle un conflit antérieur de la hanche. Ce n'était pas un manque de souplesse, c'était juste un problème osseux qui faisait que je n'étais pas souple." 

Est-ce que cela - et les complications que tu as eu par après - auraient pu être évitées si le bon diagnostic avait été posé plus tôt ? 

"Si cela avait été détecté plus tôt, on m'opérait à 17 ans. Comme ce qu'un joueur de Liège a eu, d'ailleurs. De ce que les journaux disaient sur mes blessures, il y a pas mal de joueurs passés par le Standard qui sont venus me trouver. Donc oui, c'est un mauvais diagnostic, mais je n'en veux à personne. Je ne suis pas du tout rancunier à ce niveau-là. Mais c'est sûr que si j'avais été opéré à 17 ans, j'aurais toujours un cartilage et je n'aurais pas deux prothèses."

"Ensuite, j'ai commencé une formation de chauffagiste sanitaire car je voyais bien que le foot, ça commençait à sentir mauvais. Au boulot, je me suis déboîté l'épaule. Puis je suis revenu de blessure, et contre l'Olympic la 89e j'ai eu une poussée dans mon dos, une bête chute, et hop une seconde fois l'épaule déboitée. En tout, j'ai eu 6 opérations. Je veux bien avoir le plus gros mental qu'il faut, mais à un moment il faut savoir dire stop. Un an plus tard, on m'opérait d'une prothèse, donc je n'aurais de toute manière pas pu jouer plus longtemps." 

Lors de ton retour à Liège, après ta première opération, tu as reçu une standing ovation de la part des supporters

"J'adorais jouer au foot, mais pas ce qu'il y avait autour. J'ai adoré jouer à Liège parce que c'est un club avec des supporters acharnés derrière. Ils aimaient bien mon style de jeu, qui était basé sur le physique, la course, et mon mental. J'avais aussi marqué lors d'un retour d'opération, j'avais repris un corner et j'avais mis une patate en lucarne. Mon père était là et m'avait sauté dans les bras. C'est vrai que ce sont des moments qui me manquent." 

Est-ce que tu gardes une part d'amertume de cette période-là ? 

"Je pars du principe qu'il ne faut pas avoir de regrets dans la vie. Le fait d'arriver au Standard m'a fait rencontrer ma femme, avec qui je suis depuis 10 ans et avec qui j'ai des enfants. Je pense que le Standard m'a apporté énormément niveau caractère, niveau école de vie. J'ai aussi rencontré des personnes comme Thierry Verjans, qui a directement cru en moi. J'ai une grosse pensée également pour Patrick Van Kets, qui est décédé récemment et qui était vraiment une belle personne. C'était mon coach à la réserve du Standard."

"J'aurais juste aimé savoir si j'aurais pu continuer à un haut niveau. Juste me dire : 'Si physiquement tout avait été nickel, jusqu'où j'aurais pu aller ?'." 

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