Henrik Rydström, coach pas comme les autres : pourquoi Anderlecht va affronter un ovni footballistique

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Pour sa première en tant qu'entraîneur d'Anderlecht en match officiel, Vitor Bruno sera confronté à Henrik Rydström. Le coach d'Hammarby a plus d'un tour dans son sac. Présentation d'un sacré personnage, reconnu pour la liberté laissée à ses joueurs.

Pour préparer sa double confrontation face à Hammarby, Anderlecht pourrait regarder des images du match livré par Charleroi il y a un an face aux Suédois, quand les Zèbres avaient été chercher un 0-0 dans la chaude ambiance de la 3Arena. Mais en un an, beaucoup de choses y ont changé. A commencer par le coach. Henrik Rydström est arrivé il y a moins de deux mois. Mais il a déjà révolutionné la façon de jouer de son équipe. 

Par où commencer pour présenter un homme aux mille visages ? Expression cliché trop vite employée à tout bout de champ ? Pas dans son cas. Rydström a tour à tour obtenu une maîtrise en études littéraires avec une thèse portant sur l’analyse du pouvoir et de la religion dans La Saga des émigrants de Vilhelm Moberg, écrit des chroniques musicales pour un journal local de Kalmar (avec un faible pour Bruce Springsteen), opéré comme mannequin pour une marque de caleçons, professeur de suédois, personnage principal d'une pièce de théâtre pour dénoncer la montée de la xénophobie dans la société suédoise. Et bien d'autres choses encore. Parfois simultanément. Et est devenu une légende vivante du club de Kalmar durant sa carrière de joueur, on l'oublierait presque.

Un dur à cuir restreint à faire l'essuie-glace devant sa défense

"Certains jours, je sais à peine qui je suis. D’autres jours, je suis quelqu’un que je n’aurais jamais pensé être. Il y a très peu de jours où je suis la personne que je veux être. Mais j’essaie. Du moins, la plupart du temps", écrivait-il en 2012, sur son blog.

Commençons donc par ce qui l'a longtemps défini : son histoire d'amour avec Kalmar. Une histoire de fidélité et de leadership. Sur le terrain est en dehors. Rydström est encore aujourd'hui le recordman du nombre de matchs disputés avec le club (plus de 800). En 2013, il était le sixième joueur au monde ayant la plus longue ancienneté dans le même club. Entre ses débuts avec Kalmar en 1994 et son dernier match pour l'équipe en 2013, 19 ans ont passé. Avec un titre de Champion de Suède, une Coupe et une Supercoupe à la clé.

Lorsqu'il tire sa révérence, des discussions se tiennent pour qu’une rue ou un rond-point soit renommé en son honneur. Ses dirigeants choisissent finalement de retirer son numéro 8. Rydström a laissé derrière lui l'image d'un numéro six besogneux, un guerrier qui semblait toujours en colère. Un jour, les supporters le voient monter au jeu avec un énorme casque blanc. Il s'était cassé la pommette mais ne comptait pas déclarer forfait pour autant, quitte à ressembler à un joueur de NFL.

Si le joueur semble tirer la gueule, c'est pour garder ses coéquipiers constament en alerte. Mais cela tient peut-être aussi d'une frustration qui l'a accompagné pendant 20 ans. Celle de voir les ballons sans cesse lui passer au-dessus : "Tout au long de ma vie de joueur, le foot n’a été construit qu’autour d’une idée très suédoise : survivre. Ici, on pense avant tout à travailler dur défensivement et on ne bosse pas énormément la structure avec ballon. Mes entraîneurs me répétaient toujours d’allonger, que les passes latérales ne servaient à rien parce que les buts ne sont pas sur les côtés. Je ne me suis jamais senti libre",avouait-il auprès de So Foot il y a quelques années.

De cette frustration naît le crédo qui caractérise aujourd'hui sa philosophie d'entraîneur : oser. "On peut parler de tactique, de marquer des buts, de ne pas en encaisser, mais le plus important à mes yeux est de sentir mes joueurs libres de créer, libres de sauter dans l’inconnu, libres de vivre sans la peur de l’échec. Il faut oser, car si tu perds sans avoir rien osé, quand tu rentres chez toi, tu n’as rien. Ni plaisir, ni résultat".

Jouez, que diable !

Avec une pointe d'admiration pour Roberto Martinez, du moins celui d'il y a quelques années : "J’ai compris que c’est souvent en développant cette liberté de créer, en autorisant l’erreur et en acceptant de s’éjecter du moule commun que des équipes bousculent l’ordre établi. L’Ajax l’a fait, par exemple. Le Wigan de Roberto Martinez l’a aussi fait à son époque", poursuit-il.

Un paradigme qu'il a mis un point d'honneur lors à appliquer lors de ses passages comme entraîneur à...Kalmar (point de passage obligé), Sirius et Malmö. En janvier dernier, Colombus Crew lui a offert sa première expérience en dehors de Suède, mais l'aventure en MLS n'a duré que six mois. En juin dernier, c'est donc Hammarby qui a découvert ses méthodes.

Henrik Rydström est un entraîneur presque systématiquement aimé de ses joueurs. Pour ne pas leur faire connaître la frustration qui a été la sienne, il met l'accent sur la liberté. Celles des matchs de foot disputés entre potes au détour d'un parc ou en vacances à la plage. Avec un doux parfum de nostalgie pour encourager la créativité.

"On ne fait pas tout ça pour attirer les projecteurs ou pour le simple plaisir de proposer quelque chose de différent. On le fait parce qu’on estime que c’est comme ça que l’on peut faire le plus mal à nos adversaires et que l’on peut tirer le plus profit des qualités de nos joueurs", explique-t-il.

Dans la pratique, ses équipes s'accaparent une large possession de balle et massent beaucoup de joueurs autour du cuir. Avec très peu de schémas offensifs prédéfinis, laissant les joueurs faire parler leur intuition et leur connexion balle au pied. Il est ainsi l'une des figures de proue du relationnisme, à l'opposé du jeu de position d'un Pep Guardiola, pour ne citer que lui.

"De loin, on peut se demander à quoi sert l’entraîneur dans tout ça", sourit Rydström. "Il y a quand même une structure à construire, car sans elle, c’est le chaos total, et pour défendre, il t’en faut une très forte dans tous les cas. Notre structure avec ballon est simplement plus fluide, plus souple, plus liquide, pour ne pas inhiber la créativité", nuance l'entraîneur de 50 ans.

Une philosophie qui a fait ses preuves : sous ses ordres, Malmö a remporté deux titres de champion consécutifs et a même réalisé le doublé en 2024. Depuis son arrivée à Hammarby, lors de l'interruption du championnat pendant la Coupe du Monde, l'équipe a aligné trois victoires de rang. La dernière sur le score de 4-0. Anderlecht est donc prévenu : si les joueurs d'Hammarby commencent à s'agglutiner autour du ballon comme à la cour de récréation, c'est que l'orage se prépare.

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