"J'ai mes convictions" : avec Antoine Sibierski, Anderlecht peut s'attendre à des changements en profondeur
ESTAC Troyes
Les négociations entre Anderlecht et Antoine Sibierski avancent bien. A quoi le Sporting doit-il s'attendre en cas d'arrivée du Français comme directeur sportif ?
Antoine Sibierski est du genre discret dans les médias. Mais l'une de ses rares interviews, accordée à la chaîne officielle de la Ligue 2, permet d'un peu plus cerner le garçon, d'entrevoir sa manière de fonctionner. Les décisions fortes prises à Troyes, géré par le City Group, en disent long sur sa capacité à trancher dans le vif.
"C'est vrai, je n'apparaît pas souvent dans la presse. J'aime travailler dans l'ombre. Ça fait partie de mon ADN. Ça fait 34 ans que j'exerce dans ce milieu du football professionnel. Mon éducation fait que je suis quelqu'un de discret. On m'a appris, on m'a éduqué avec ce principe là que j'ai appliqué en tant que joueur puis par la suite et qui a plutôt bien fonctionné", commence-t-il.
"Au plus on est discret, au mieux on travaille. Pas besoin de communiquer ou d'en faire des caisses pour bien travailler. Je suis toujours parti du principe que au plus on en dit, au moins on en fait. La réciproque est vraie aussi. En tant que joueur, je montrais déjà l'exemple sur le terrain. Je n'étais pas à parler à tout va avant les matchs, avant une saison", poursuit l'ancien milieu offensif de Manchester City.
Pourtant, des choses à dire, il en a un paquet. Lors de son premier rendez-vous avec le City Group devenir le directeur sportif de Troyes, il avait préparé une présentation de 45 slides : "Je n'ai pas eu le temps d'aller au bout parce qu'à la 26e slide, on m'a dit 'C'est bon'. Mais c'est mon éducation, c'est la façon dont on m'a appris comment travailler. Même si ça pouvait n'être qu'une simple rencontre pour boire un café ou juste discuter, j'avais besoin de venir en ayant travaillé".
Un homme de projets
Antoine Sibierski n'était pourtant pas voué à se relancer comme directeur sportif, lui qui n'avait plus exercé dans cette fonction depuis la saison 2012/2013 à Lens. Avant de signer à Troyes il y a deux ans, il était d'ailleurs le coach de Châteauroux. Ce sont ses accointances avec Manchester City et Brian Marwood, directeur général de la division 'global football' du City Group qui l'ont convaincu de se pencher sur le projet.
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Anderlecht est prévenu : dès son arrivée, il n'a pas hésité à remettre de l'ordre : "Quand je suis arrivé en poste le 1er juillet, j'ai tout de suite vu qu'il y avait des largesses, du laxisme, de l'amateurisme, quelque chose d'inimaginable dans un club comme l'ESTAC. D'autant plus quand on a un actionnaire comme le City Group".
"J'ai vite fait le constat que ce n'était pas possible de continuer ainsi et et j'ai compris pourquoi le club était en difficulté depuis depuis quelques années. Il a fallu mettre un cadre et inviter joueurs et staff à entrer dedans. Et il était évident que ceux qui ne s'y sentaient pas bien ne pouvaient pas faire partie du projet", poursuit ce petit-fils d'un mineur polonais émigré dans le nord de la France.
Il n'a dès lors pas hésité à se débarasser de l'entraîneur David Guillon, viré...à une semaine de la reprise du championnat : "ll ne fallait pas non plus que je fasse n'importe quoi avec David, que je respecte la personne et et l'entraîneur qu'il est. Je me suis donc accordé une période d'observation. Et elle ne pouvait pas être d'une ou deux semaines".
"Il m'a fallu entre quatre et cinq semaines. Cela nous a mené à cette semaine où où on allait jouer notre notre premier match du championnat. C'est le timing qui a fait que ça s'est passé comme ça, mais c'était anticipé, réfléchi. J'essaie de faire en sorte que tout soit toujours contrôlé et c'était le cas", explique Sibierski.
Il a alors mené les recherches pour lui trouver un successeur : "Quatre noms se distinguaient, j'ai appelé les quatre. J'ai eu 30 à 45 minutes de conversation téléphonique avec chacun d'entre eux. L'un d'eux a été éliminé après cette conversation téléphonique. J'ai rencontré les trois autres lors de différents entretiens, des entretiens de plus de 4h chacun, parce qu'il est important d'essayer de sentir au maximum la personne".
"Parce qu'une fois qu'il est en place et qu'il a signé un contrat, il est trop tard pour se dire trois mois plus tard 'ah, ça, je ne l'avais pas vu'. Le process est long mais important pour la vie d'un club. Il y a trois points sur lesquels je ne transige pas quand je rencontre un staff : la personnalité, le coaching et le management", avance-t-il.
Des convictions fortes
Antoine Sibierski n'hésite pas à prendre des décisions qui fâchent. Malgré son amitié pour Brian Marwood, il n'a pas fait dans les sentiments en se débarrassant du directeur de performance installé par le City Group : "Ça a été un sujet délicat parce que parce que le City Group avait nommé quelqu'un, il fallait respecter ça, il fallait lui donner du temps. Mais le temps a fait qu'on a pu constater qu'indépendamment de la bonne personne qu'il est, il ne correspondait pas au rôle de directeur de performance comme je le voyais. Le City Group l'a entendu, l'a accepté et m'a laissé acter dans ce sens".
Le directeur sportif savait ce qu'il faisait : "J'avais besoin de quelqu'un qui puisse venir me challenger sur des positions que je peux avoir par rapport à à certains joueurs, à des avis que je peux avoir. Je sais que j'ai beaucoup de compétences, de qualités, mais j'ai aussi beaucoup à apprendre. J'avais besoin de quelqu'un qui me permette de continuer à évoluer. C'est important dans mon rôle de toujours me remettre en question".
Un trait de caractère assez marqué : "Ça a toujours fait partie de moi, quels que soient les postes que j'ai exercé. Déjà en tant que joueur, je pouvais sortir d'un match où j'étais très performant, décisif en ne pensant qu'au match d'après. Le switch était immédiat. Ma femme m'a assez reproché de ne pas savourer à sa juste valeur une performance de haut niveau. Mais c'est mon éducation qui m'a construit comme ça".
De quoi lui valoir une manière de fonctionner sans concession : "J'ai mes convictions, mes idées, donc j'ai besoin qu'on me laisse travailler, d'avoir une vraie liberté d'action, de décision. Même si tout ce que je fais doit être validé. On peut ne pas être d'accord sur certains points, mais le club me laisse travailler, me fait confiance. C'était l'une des conditions, j'ai besoin de ça. J'ai conscience que si je fais des erreurs dans dans mon rôle, je dois les assumer derrière. Mais il ne faut pas ne mettre de bâton dans les roues".
Anderlecht sait donc à quoi s'attendre s'il parvient à le faire venir, Sacha Tavolieri rapporte d'ailleurs que les négociations avancent en ce sens. Sa philosophie semble en tout cas coller à celle du Sporting : "Il est important pour moi d'avoir des gens qui qui vont être dans la même vision que moi, en tout cas dans les mêmes valeurs de travail, qu'on puisse parler le même football. J'étais un joueur de ballon, j'ai besoin de voir mes équipes, que ce soit le groupe pro ou les jeunes, jouer au ballon".