La naïveté de Bruges pourrait-elle lui coûter le titre ? Ivan Leko bien loin de ses chiffres du Standard
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Le Club de Bruges n'a pas froid aux yeux en matière de prises d'initiative offensives. Des ambitions qui laissent parfois la défense fort exposée.
Les interviews brugeoises à l'issue du topper d'hier laissent apparaître une certaine frustration : "En fait, c'est toujours la même chose dans le championnat belge : chaque équipe nous attend avec un double rideau défensif", soupirait Aleksandar Stankovic, déçu de voir Anderlecht également procéder de la sorte.
Hans Vanaken met le doigt là où cela fait mal : "S'il y avait une équipe qui méritait de passer devant, c'était peut-être bien nous. Ils ont également eu quelques occasions en contre-attaque, ce qui est bien sûr un risque avec notre style de jeu".
Le capitaine met en lumière des prises de risque qui n'ont que rarement été aussi présentes qu'actuellement dans le jeu brugeois. Les chiffres sont assez édifiants : depuis l'arrivée d'Ivan Leko, le Club a encaissé au moins un but lors de onze de ses douze matchs sur la scène belge. 19 buts encaissés au passage. La seule cleansheet ? Lors de la victoire 3-0 contre le Standard.
Marquer un but de plus plutôt qu'encaisser un but de moins
Il y a un an, l'entraîneur croate fascinait pourtant par la rigueur défensive qu'il avait réussi à inculquer à Sclessin, aidant les Rouches à garder leurs filets inviolés au cours de 15 des 42 matchs de la saison. Le contexte était toutefois bien différent qu'à Bruges.
En bords de Meuse, Leko répétait à qui voulait bien l'entendre qu'il pratiquait un football qui n'était pas le sien, que ceux qui le connaissaient regarderaient sans doute bouche bée. Avec un noyau qualitativement moins riche et renforcé par de jeunes défenseurs du SL 16, le natif de Split avait opté pour la méthode pragmatique, sans fioriture, en commençant par solidifier les fondations.
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Au Club de Bruges, le noyau est justement taillé pour le football offensif, même lorsque l'on analyse les profils de l'arrière-garde. Les quatre latéraux à sa disposition - Seys, Meijer, Sabbe et Siquet - sont naturellement portés vers l'avant. Brandon Mechele se plaît de plus en plus à venir porter le surnombre dans le milieu.
Le jeu de Joël Ordonez n'est jamais autant magnifié que lorsque l'équipe évolue haut, que ce soit pour ses anticipations, sa vitesse au moment de revenir sur l'attaquant parti en profondeur, et même sa qualité de frappe (son envoi victorieux de Charleroi est parti de l'extérieur du rectangle). Devant eux, Raphael Onyedika est sans doute le numéro six le plus élégant de Belgique et est d'une grande importance à la construction, mais est parfois encore un peu gourmand dans ses prises de balle, comme celle dont a profité Thorgan Hazard pour initier le 0-1.
Quelle approche pour les Playoffs ?
On ne pourra pas leur retirer : pour le spectateur neutre, regarder les Blauw en Zwart n'est jamais synonyme d'ennui. Si le 2-2 d'hier a été du genre animé, que dire du 5-5 contre Westerlo (quand Nicky Hayen était encore là), du 4-3 contre Zulte Waregem ou du 3-5 à Genk ? La question est de savoir si cela permettra au noyau qui dispose sans doute du plus de qualités intrinsèques en Belgique de concrétiser tout cela en titre.
Car si les matchs mentionnés dans le paragraphe ci-dessous ne comportent pas la moindre défaite malgré les journées portes ouvertes derrière, ces risques ne sont pas toujours payants en Playoffs, loin de là. Il y a un an, l'Union avait été championne en ne concédant que deux buts en dix matchs dans le sprint final.
Il n'y évidemment pas qu'un seul chemin pour rafler le titre. Lors du sacre brugeois sous Leko lors de la saison 2017/2018, l'équipe tournait à plus d'un but encaissé par match (12 en 10 rencontres). Mais il y a tout de même un gap avec la moyenne actuelle, qui inclut des matchs face à des équipes qui finiront loin du top 6.
Ivan Leko insistera-t-il particulièrement sur ce besoin de réalisme à l'approche du sprint final ? Bruges resserrera sans doute les boulons mais reniera difficilement son jeu. De quoi nous valoir à coup sûr quelques belles oppositions de style. Reste à savoir si Hans Vanaken, Aleksandar Stankovic et les autres créateurs en ressortiront avec le sourire ou leur petite moue d'hier après-midi.