Interview Jeremy Doku à coeur ouvert : "Le niveau Ballon d'Or ? C'est un avis, mais je veux en faire un fait"
Photo: © photonews
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Le nom de Jeremy Doku est sur toutes les lèvres. Et nous pouvons vous l’assurer: pas seulement en Belgique. Tout le monde a hâte de le voir jouer au Mondial. Lui-même s’est fixé une mission personnelle: prouver qu’il a le niveau pour le Ballon d’Or.
Jeremy Doku doit être le facteur X de la Belgique dans cette Coupe du Monde 2026. Quand il est dans un bon jour – et cela arrive très régulièrement ces derniers temps – il est tout simplement inarrêtable. « Jerre » est l’arme ultime de Rudi Garcia, et devient peu à peu un nom connu dans le monde entier. Mais lui veut encore ajouter une dimension à son jeu avant de se considérer comme l’un des - voire le - meilleurs ailiers de la planète.
Jeremy, contre la Tunisie, en tribune de presse, on espérait franchement que tu restes aux vestiaires à la mi-temps. Leurs tacles te ciblaient clairement. Tout le monde espère que tu restes à 100% physiquement.
"Oui, évidemment. C’étaient de gros tacles, très appuyés, mais je n’ai pas eu peur. Je me suis relevé et j’ai pu continuer à jouer. Ce n’était pas si grave. Ma cheville n’a pas tourné."
Comment tu vis ce genre de tacles ? Tu prends ça comme un compliment, parce que les adversaires veulent t’arrêter à tout prix ?
"Je ne me fâche pas vraiment. Bien sûr, tout dépend de l’intention. Si quelqu’un essaie juste de me stopper et tacle fort, je n’ai aucun problème avec ça. Si l’intention est mauvaise, alors oui. Mais je ne pense pas que c’était le cas cette fois. Quand je prends des tacles, on peut peut-être voir ça comme un compliment. Ça ne me met pas en colère."
Tu as quand même un bon garde du corps. Kevin De Bruyne est intervenu directement pour toi.
"C’est beau de la part de Kevin. Qu’il se lève pour moi à ce moment-là."
Tu ne t’es pas dit une seule seconde qu’il fallait arrêter de prendre des risques, avec la Coupe du monde qui arrive ?
"Non, non. Au final, c’est du football. Je suis un amoureux du jeu, je veux jouer. En plus, c’était à domicile, devant notre public. Je veux juste prendre du plaisir. Ce n’est pas parce que la Coupe du monde approche que je vais me mettre à fuir. Sinon je ne m’entraîne plus non plus, vous comprenez ?"
Ces tacles font simplement partie de ton style de jeu ?
"Oui, les tacles, il y en aura de toute façon. Ça fait partie du jeu. En Angleterre, c’est souvent comme ça aussi. Comme je l’ai dit : je n’ai rien eu. Quand tu dribbles et que tu gardes longtemps le ballon, ça peut créer de la frustration, ou des tacles qui passent à côté du ballon. Et là, c’est toi qui prends, mais ça fait partie du jeu."
Tu comprends que ça ait paniqué quand tu as dû quitter l’entraînement récemment ?
"Sur le moment, je ne comprends pas, parce que pour moi ce n’était pas si grave. Je ne lis pas vraiment les journaux, mais j’ai évidemment des gens en Belgique. Mes parents m’ont raconté tout ce qui se disait. Je comprends, bien sûr. C’est une Coupe du monde, un grand moment. Quand quelque chose comme ça arrive, les gens ont peur. Surtout s’ils ne savent pas si tu vas t’entraîner le lendemain. Mais je suis content que tout soit clarifié maintenant et que tout le monde sache que tout va bien."
Beaucoup de gens te voient comme une des grandes stars de cette équipe. Tu le ressens aussi comme ça ?
"C’est difficile à dire. Bien sûr, je sais qu’on attend beaucoup de moi. Quand tu joues dans un club comme ça et que les performances suivent, c'est la suite logique. Je ne vais pas le nier. Mais je suis toujours très critique envers moi-même. Je sais à quoi ressemble un bon Jeremy, et à quoi ressemble un mauvais Jeremy. Je vais tout faire pour être la meilleure version de moi-même."
Tu sens que tout est réuni pour montrer le meilleur Jeremy ?
"Oui, tout est réuni. Après, ça se joue dans les matchs. On verra si c’est un bon Jeremy ou pas. Parfois je me sens très bien avant un match et je ne fais pas ma meilleure prestation. Mais je me sens bien, je suis en forme, et tout est là pour faire une bonne Coupe du monde et apporter ma pierre à l’équipe."
Toby Alderweireld t’a comparé à des joueurs comme Michael Olise, niveau Ballon d’Or. Tu te vois un jour à ce niveau ?
"D’abord, je veux remercier Toby de dire ça. Il a joué avec moi. Mais je sais une chose sur moi : je veux y arriver et je sais que je peux y arriver. Si tu poses la question à moi ou à quelqu’un d’autre, tu auras toujours des avis différents. Mais moi, je sais sur quoi je dois travailler pour y arriver sans discussion."
Sur quoi dois-tu t’améliorer précisément ?
"Sur mon efficacité. On ne va pas dire que d'autres ailiers sont meilleurs que moi dans tout. Mais je sais qu’ils sont meilleurs que moi dans certains domaines, dont l'efficacité, et c’est un fait. Aujourd’hui, les statistiques jouent un grand rôle. Je dois travailler là-dessus. Comme ça, ce ne sera plus une question d’opinion, mais de faits."
Quels sont les défenseurs les plus difficiles à affronter ?
"C’est compliqué. Parce qu’aujourd’hui je suis presque toujours en deux contre un. Du vrai un contre un, j’en ai presque jamais. Je dis toujours à mes coéquipiers que, normalement, un attaquant doit passer un défenseur en un contre un. Le défenseur ne sait pas où tu vas, ne sait pas quand tu démarres, et je suis plus rapide. Ça fait déjà trois désavantages pour lui. Je trouve qu’un attaquant a un avantage dans ce cas-là."
Ça change beaucoup pour toi s’il y a un ou deux défenseurs en face ?
"Oui, ça dépend. Quand je suis face à deux joueurs, la plupart du temps je ne vais pas y aller. Mais dans ce cas, ailleurs, quelqu’un est libre. C’est aussi la différence entre le Jeremy d’aujourd’hui et celui que j’étais à dix-huit ans."
Tes statistiques avec l’équipe nationale se sont fortement améliorées ces derniers mois. Qu’est-ce qui a changé ?
"Je pense que je lève davantage la tête, que je suis plus calme avec le ballon et que je choisis mieux mes moments. Peut-être que les adversaires ont aussi plus peur, je ne sais pas. Je dirais surtout : plus de maturité."
Tu es satisfait de ces chiffres ?
"Cinq buts et cinq assists en onze sélections, c’est bien. Mais si je repense au match contre la Tunisie, il y a deux moments où je dois marquer. Un où Charles me donne le ballon et un où Leandro me le donne. C’est exactement ce que je veux dire. Ces actions doivent se terminer par un but ou une passe décisive."
Tu analyses encore souvent ces moments après coup ?
"Oui. D’abord, ça reste dans ma tête. Ensuite, je revois le match. La manière dont tu vis un match et ce que ça donne à l’image, ce sont deux choses différentes. Parfois je vois que quelqu’un était libre ou que j’aurais dû faire autre chose. Si je veux vraiment être considéré comme faisant partie du tout haut niveau, alors ces moments doivent donner des buts ou des assists."
Qu’est-ce que tu veux atteindre personnellement à cette Coupe du monde ?
"Je serai satisfait si, en tant qu’équipe, on fait un bon tournoi. Tu peux jouer aussi bien que tu veux individuellement, au final il faut aller le plus loin possible en équipe. Je veux aller le plus loin possible avec les Diables et apporter ma pierre à l'édifice en faisant la même chose que ces derniers mois".
En quoi ce tournoi est différent des précédentes phases finales ?
"Il y a évidemment plus de jeunes maintenant. L’ambiance est bonne. Si je repense à la dernière Coupe du monde, on avait encore perdu contre l’Égypte en préparation. C’est complètement différent d’aujourd’hui. On a battu la Croatie, une bonne équipe, puis la Tunisie. Bien sûr, ce ne sont que des amicaux, mais l’ambiance est bonne et il y a beaucoup de qualité dans ce groupe".
Tu as le sentiment que la Belgique peut devenir championne du monde ?
"Pas forcément comme ça. Au final, dans une Coupe du monde, tout le monde a le sentiment qu’il peut être champion du monde. Nous, on se dit surtout qu’on est sur la bonne voie. Si tout le monde continue à faire ce qu’il fait maintenant, ça dépend de nous. Mais on sait aussi que, dans un tournoi, il y a beaucoup plus que l’ambiance."
Lors du dernier Euro, tu n’as joué que 18 minutes. Comment tu regardes ça aujourd’hui ?
"À l’époque, j’avais été blessé pendant un an et je n’avais pas été avec l’équipe nationale. Le simple fait d’être dans le groupe n’allait pas de soi à ce moment-là. Bien sûr que j’étais déçu de ne jouer que dix-huit minutes. Peut-être que je n’étais pas encore prêt. Mais je pense quand même avoir montré en dix-huit minutes que je pouvais apporter quelque chose."
Penses-tu recevoir assez de reconnaissance internationale ?
"C’est difficile à dire. Comment tu mesures ça ? Je ne lis pas d’articles et je ne suis pas sur les réseaux sociaux. Instagram, je le supprime même souvent. Aujourd’hui tu es là, demain ça peut être différent. Je ne veux pas que ça me monte à la tête. Je fais juste mon truc."
Tu te vois comme un leader dans ce groupe ?
"Quand c’est difficile, je vais essayer à ma manière de trouver une solution. En demandant le ballon, en faisant une action ou en créant quelque chose à partir de rien. Ou peut-être en provoquant une faute pour que l’équipe puisse respirer un peu. Me cacher ? Non, je ne fais pas ça."
Es-tu le joueur le plus important de cette sélection ?
"Non. Tout le monde est important à son poste. Je ne suis pas plus important que le gardien ou que quelqu’un d’autre. On ne peut pas jouer à dix."
Fais-tu partie des meilleurs ailiers du monde ?
"Je joue dans un grand club et je ne m’en sors pas mal. Donc, évidemment, je sais que je fais partie de ces noms-là. Mais ce n’est pas à moi de le dire. Il y a beaucoup de très bons ailiers. Kvaratskhelia, Olise, Musiala... Il y a beaucoup de joueurs que tu regardes et dont tu peux apprendre des choses".
Tu suis qui sera ton adversaire direct ?
"Pas vraiment. La plupart du temps, je regarde ça dix minutes avant l’échauffement sur la tablette. Mais pour moi, ça ne change pas grand-chose".
Tu attends bientôt ton premier enfant. Ta famille vient à la Coupe du monde ?
"Non, ils ne viendront pas. Le vol est trop long pour une femme enceinte".
Tu pourrais éventuellement rentrer si l’accouchement a lieu pendant la Coupe du monde ?
"Ça dépend du moment, mais c’est mon premier enfant. Si tu me demandes ce que je veux, je veux être là, c’est sûr. Personne ne veut rater la naissance de son premier enfant. Mais je sais aussi que, dans le football, il y a beaucoup de choses à gérer. Heureusement, la fédération tient compte de la situation des joueurs, donc on verra ce qui est possible".
La Belgique peut-elle être championne du monde sans toi ?
"Je ne sais pas. Tout le monde est remplaçable. Certains, peut-être, plus facilement que d’autres".
Merci Jeremy !
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