Interview L'ancienne pépite d'Anderlecht n'a finalement percé qu'à 28 ans : "Il aurait dû succéder à Lukaku"
Photo: © Voetbalkrant.com
Si vous aviez demandé il y a treize ans aux formateurs d'Anderlecht qui avait les meilleures chances de percer au plus haut niveau, beaucoup vous auraient sans doute donné la même réponse : Aaron Leya Iseka. Sa carrière a connu de profonds creux, mais... le voilà soudain héros de son club.
Le week-end dernier, Aaron Leya Iseka, désormais âgé de 28 ans, a remporté la Coupe de Grèce avec l'OFI Crète. Mieux encore : il a transformé le penalty décisif. Un moment d'ultime gloire et de bonheur pour l'attaquant belgo-congolais, mais précédé par beaucoup de galères.
À 15 ans, il était déjà présenté comme l'avenir d'Anderlecht
À Anderlecht, Leya Iseka était déjà considéré, à 15 ans, comme l'avenir du club. Il jouait alors avec les espoirs et marquait à la pelle. En avance physiquement sur les garçons de son âge, il était doté d'une très bonne technique et d'un véritable instinct de tueur. "Il devait être l'avant-centre qui succéderait à Romelu Lukaku", nous confie Peter Smeets, qui était alors son conseiller. "Il avait plus de qualités de buteur que son frère (Michy Batshuayi) et que des garçons comme Openda au même âge".

Mais c'est aussi à Anderlecht - où il a tout de même disputé 19 matchs avec l'équipe première - que les choses ont commencé à mal tourner. On l'a convaincu qu'il était prêt à devenir l'attaquant numéro un et, après une grave blessure au ligament croisé, Anderlecht l'a prêté à Marseille. Ce ne fut pas la dernière mauvaise décision qu'il allait prendre. Après un détour par Zulte Waregem, il a été définitivement vendu à Toulouse en 2018, avant de passer par Metz en prêt puis d'atterrir à Barnsley, en deuxième division anglaise.
Tremblement de terre en Turquie
Après une saison, le club l'a envoyé en D2 turque, où il s'est peu à peu éteint. "À un moment donné, Aaron m'a appelé: "Je veux redevenir un vrai footballeur'", raconte Smeets. "J'avais des doutes sur son niveau et je lui ai dit de me recontacter quand il serait complètement apte. C'était il y a quatre ans".
Leya Iseka a pris ces mots à cœur et s'est remis à travailler très dur, mais le sort s'est acharné. "Il y a eu ce tremblement de terre en Turquie et il ne restait plus rien de son club. Il a dû retourner à Barnsley, mais là-bas, l'histoire était terminée. Nous avons alors essayé de le placer en Belgique". Une tentative restée veine : "Tout le monde dit qu'il veut des Belges, mais personne n'en a voulu".
Guerre en Israël
Leya Iseka a trouvé refuge au Hapoel Hadera, en Israël, où il semblait pouvoir se relancer. "Il s'était entraîné deux semaines avec le groupe et on l'a déjà fait jouer. Il a aussi marqué. Mais après cette deuxième semaine, il m'appelle soudain: 'Une guerre a éclaté, il y a des bombes partout !' Il voulait partir, vu sa famille avec deux jeunes enfants, et il a alors fait résilier son contrat".
Le voilà de retour (via Barnsley) vers l'OFI Crète, où il a enfin retrouvé toute sa forme et le chemin des filets. Après cette saison-là, il a été vendu pour un million d'euros au CSKA Sofia, mais de nouveaux propriétaires sont arrivés et ils voulaient se débarrasser des gros contrats.

Matthias Smeets, le fils de Peter, a alors lui-même repris contact avec, à nouveau, l'OFI Crète. "Ils lui ont dit qu'ils avaient besoin d'un avant-centre. En janvier, il y a signé pour deux ans avec option. Le week-end dernier, la finale de la Coupe était au programme, mais il était blessé. Il a tout fait pour redevenir apte et pouvoir jouer. Entrer en jeu et inscrire le penalty le plus important depuis des années pour le club... C'est une histoire magnifique."
Pour Smeets, c'est aussi une histoire avec une dimension supplémentaire, car c'est désormais son fils Matthias qui accompagne Leya Iseka. "C'est quand même l'un des moments forts de ma carrière. Un garçon qui a été si bas. Personne ne croyait encore en lui. Et maintenant, je vois mon fils l'accompagner aussi bien... Quelle fierté !"
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