Robinho et la fin de la génération Joga Bonito

Florent Malice
Florent Malice
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Robinho et la fin de la génération Joga Bonito

Robinho est retourné au Brésil - pour la quatrième fois depuis le début de sa carrière, mais probablement pour la dernière, à 36 ans. Avec lui, c'est l'une des dernières idoles de l'époque "joga bonito" qui devrait bientôt raccrocher les crampons.

Quand on dit "joga bonito", une nation vient naturellement en tête : le Brésil, pays du football insouciant, des grigris et du spectacle avant tout. Les célèbres publicités Nike sont entrées dans la légende et s'ils mettaient en vedette quelques stars mondiales, ce sont les Auriverde qui y ont toujours occupé le devant de la scène - Ronaldo, Ronaldinho, Rivaldo, Roberto Carlos, Adriano en tête. 

Un bref regard à la Seleçao 2006, qui réunissait une majorité des plus grands talents du pays (même si elle n'a pas performé à l'aune de son potentiel), nous apprend qu'il ne reste que ... 2 joueurs encore en activité : Fred, l'ex-lyonnais titulaire au Mondial 2014 et assassiné par la critique, qui est retourné à Fluminense cette année à l'âge de 37 ans, et Robinho (36 ans), le dernier de cette génération joga bonito dont a l'impression qu'elle n'aura plus jamais son égale.

Le "nouveau Pelé" 

Il n'aura pas fallu longtemps, dès ses débuts à Santos, pour que Robinho obtienne l'inévitable statut de "nouveau Pelé". Pourtant, la carrière de Robinho en laissera inévitablement certains sur leur faim : des moments de brillance, des dribbles inédits, mais une irrégularité proverbiale. De 2005 à 2008, il régale cependant le Real Madrid et conquiert deux titres de champion d'Espagne.

Son départ à Manchester City pour plus de 40 millions d'euros surprend, et malgré là encore quelques prestations dignes de son talent, Robinho n'échappe pas aux critiques, à une époque où dépenser de telles sommes n'était pas banal. En 2020, un joueur du niveau de Robinho, capable de faire se lever les foules en étant régulièrement décisif, serait pourtant probablement un favori du public tant les artistes de ce genre se sont faits rares au sein d'un football aseptisé, pragmatique et de plus en plus physique. 

C'est le moment d'un premier retour au Brésil : à Santos, déjà, où il revit et s'octroie un retour en Europe par la grande porte, à l'AC Milan (2010-2014). Robinho, Ronaldinho, Seedorf, Pato, Ibrahimovic : les Rossoneri de l'époque incarnent une dernière fois l'essence du joga bonito, jusqu'à l'arrivée quelques années plus tard du phénomène Neymar en Europe. 

Neymar, le génie de Santos, fait d'ailleurs ses premières vagues en parallèle au retour de Robinho à Rio : les deux joueurs se cotoient, et le futur joueur du Barça et du PSG est adoubé comme le "nouveau nouveau Pelé". À n'en pas douter, Neymar réussit jusqu'à présent une plus belle carrière que son prédécesseur : là où Robinho était un artiste admiré des romantiques mais inégal et forcé de repasser par la case Brésil pour relancer une carrière en dos-d'ânes, Neymar fait preuve d'une régularité admirable et est devenu l'idole de toute une génération, faisant partie de l'avis quasi-général des cinq meilleurs joueurs du monde. Robinho n'aura jamais ce statut. 

Pour autant, Neymar ne fait pas l'unanimité : sa tendance à en rajouter, à tomber dans la provocation, tranche avec le charme presque naïf de la génération précédente. Une génération dont le dernier représentant, Robinho, fait donc son retour au pays pour un salaire symbolique, pour l'amour de Santos et du jeu après une fin de carrière dans un semi-anonymat un peu triste, malgré quelques moments de brillance en Turquie. 

Reverra-t-on un jour le Brésil bigarré et fantasque des années 2000, ou l'évolution inévitable du football a-t-elle fait des artistes à la Robinho des espèces en voie de disparition ... voire désormais éteintes ? L'avenir nous le dira. En attendant, le public de Santos espère pouvoir encore vibrer au rythme de la samba à l'ancienne ...

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