Graines de courge, superstitions et Angola : Vítor Bruno, l'homme derrière le nouveau coach d'Anderlecht
Photo: © photonews
Vítor Bruno prend ses marques à Anderlecht. Le club apprend à connaître un homme passionné, qui ne compte pas ses heures pour vivre sa passion depuis sa plus tendre enfance.
De son parcours comme coach à sa philosophie de jeu, nous vous dressions déjà en début de semaine un portrait de Vítor Bruno, le nouveau T1 d'Anderlecht. Mais qu'en est-il de l'homme, de la personnalité que cache cette première surprise d'Antoine Sibierski. Focus sur celui qu'est devenu ce petit enfant qui se baladait autrefois dans les gradins de l'Académica Coimbra avec ses petis sachets de graines de courge.
Coimbra, ancienne capitale du pays, située entre Porto et Lisbonne, où a été fondée la première université portugaise en 1290. C'est également là que Vítor Bruno a vu le jour et s'est découvert une passion dévorante pour le football.
Une compréhension du jeu dès très précoce
Au-delà des innombrables matchs de l'Académica suivis en tribune, le garçon était prédestiné à y entrer dans le monde du ballon rond. Fils de l'ancien entraîneur Vítor Manuel (quatre passages sur le banc des locaux), Vítor Bruno a tout logiquement embrayé le pas à ceux qu'il regardait sur le terrain en intégrant le centre de formation de l'Académica.
Il s'y révèle déjà comme un joueur avec une grande compréhension du jeu. Son ancien entraîneur José Viterbo, interrogé par le média portugais Renescença, le décrit comme "techniquement avancé" et "polyvalent". Il avait une "très bonne lecture du jeu" et "comprenait parfaitement quand il pouvait jouer de manière plus technique" ou quand il devait "dégager le ballon loin dans le Jardim da Sereia", un espace vert situé devant ce qui était alors le terrain d'entraînement des équipes de jeunes d'Académica.
Malgré cela, les places sont chères. Le jeune Vítor Bruno vit l'une de ses plus grosses désillusions à la fin de sa formation, quand l'Académica décide de ne pas le mettre sous contrat. Malgré tout, cette formation lui offre les bases d'une légitimité qui lui servira dans ses débuts en tant qu'entraîneur. "Il existe de nombreuses façons de diriger, l'une d'elles est par l'exemple. Pouvoir démontrer aux joueurs des choses qu'ils ne savent pas faire en les regardant est très important pour moi", explique Zé Castro, l'un des seuls de la génération 1983 de Vítor Bruno à avoir fait comme carrière, jusqu'à jouer à l'Atletico Madrid et devenir international portugais.
Bruno fait alors un pas de côté en rejoignant le modeste club de Bidoeirense pour mieux se consacrer à l'Université. Un bon élève ? C'est peu de le dire : ses coéquipiers le taquinaient parfois dans les vestiaires, car il emportait même ses livres pour étudier lors des déplacements pour les matchs.
Dans ses études sur les sciences du sport, il se distingue comme l'un des meilleurs étudiants jamais passés par la faculté. "Dès ses premières expériences en tant qu'entraîneur, Vítor Bruno gagne ainsi le surnom de 'Prof' de la part de ses joueurs, au courant de ses diplômes. Mais comment a-t-il embrassé cette carrière dans le coaching ? Tout a commencé...en Angola.
Après une formation pour devenir entraîneur, l'homme de Coimbra débute comme préparateur physique, avant de véritablement marcher sur les traces de son père à 25 ans, en intégrant précisément le staff du paternel, du côté du Clube Desportivo Primeiro de Agosto, club angolais fondé deux ans après l'indépendance du pays vis-à-vis du Portugal. Le Desportivo est fondé et dirigé par les Forces armées populaires pour la libération de l’Angola pour sa stratégie de promotion et de développement par le sport.
Aiguillé par le paternel et Sérgio Conceição avant de tracer sa propre route
Cette aventure au coeur de l'ancienne colonie portugaise est un sacré baptême du feu. Pour un club créé par des militaires, les joueurs ne cultivent pas franchement l'art de la discipline. Le groupe n'arrive jamais à l'heure à l'entraînement, les retards d'une heure sont légion...quand ce n'est pas plus.
Il a choisi de ne pas les punir, car cela n'aurait eu que peu d'effet. Il préférait comprendre comment les persuader de faire ce qu'il voulait. "Il a créé une série de dynamiques qui ont imprégné ceux qui suivaient les règles jusqu'à ce que cela devienne une habitude", explique Mauro Paula, un ami de l'Academica.
Une expérience qui l'a forgé avant son retour sur le vieux continent, dans le staff de Naval et Leixões, sous les ordres d'Augusto Inácio, un entraîneur qui était un ami proche de son père. Avant de former un duo qu'on pensait increvable avec Sérgio Conceição. L'histoire est connue, les deux hommes ont collaboré dans six clubs différents (avec notamment un clin d'oeil à l'enfance de Bruno sur le banc de l'Academica), avant la rupture au départ de Conceição de Porto.
Depuis, les médias portugais ont appris à connaître un homme aussi superstitieux que philosophe. Superstitieux ? Les Lors d'une soirée du Nouvel An entre amis à La Corogne, celui qui allait devenir entraîneur du FC Porto venait de recevoir sa nouvelle voiture. "On était sur le point de partir quand il a dit : 'Les gars, je dois aller à Fátima pour faire bénir la voiture'. Il y est allé, on est revenus, et c'est seulement après ça qu'on est partis", se rappelle Miguel Marques, autre ami d'enfance de l'Academica.
Autre manifestation de ce côté superstitieux : qu'il fasse caniculaire ou frigorifique, le nouvel entraîneur d'Anderlecht dispense ses entraînements en shirt. Une caractéristique qui passera relativement inaperçue lors des premières séances mais qui se transformera en véritable trait distinctif au fur et à mesure que l'hiver à la belge fera oublier les chaudes journées d'été.
Quant à ces envolées philosophiques, disons que Vítor Bruno a un sens de la formule au-dessus de la moyenne. Lors de sa rupture, difficile à vivre, avec Sérgio Conceição, son ancien adjoint a dédramatisé : "J'ai la paix intérieure assurée, je m'endors chaque soir au son des applaudissements de ma conscience". Le reflet d'un entraîneur au caractère calme, qui ne haussera pas la voix pour dire de parler plus fort que tout le monde. Reste désormais à savoir si ses entraînements en shirt passeront l'hiver.
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