Vista local: Lorsque les Allemands sont venus...
Olivier Baute
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Vista local: Lorsque les Allemands sont venus...
Photo: © SC

Bernardo nous conte la Coupe du Monde vue de là-bas. Voyage au coeur de Santo André, centre d'entrainement des Allemands, et bien plus.

Les Allemands sont donc les nouveaux champions du monde. L'arbitre italien, sans doute né coiffé, Nicola Rizzoli, vêtu d'une superbe vareuse rouge, dont seront jaloux tous les Jackass de Pampelune, se rendit vite compte que les cartes rouges seraient invisibles. Bien pensé monsieur l'arbitre, votre polo nous a aveuglé au moins trois fois. Mario Götz, admirable de sang-froid du haut de ses petits 22 ans, fit un superbe contrôle de poitrine avant de shooter petit filet opposé en fin de seconde prolongation, réussissant ce que les cracks argentins manquèrent par trois fois : ouvrir la marque.


Certains votes ayant eu lieu avant ce match, notamment sous l'égide de l'un des sponsors, la FIFA ne put faire autrement qu'élire Manuel Neuer meilleur gardien de but du tournoi. Il sera sans doute sponsorisé prochainement par une entreprise spécialisée dans les kamikazes. Le titre du meilleur joueur du tournoi a été remis à Messi, d'une manière totalement incompréhensible, également pour le joueur, qui n'est pas encore ressuscité ; de là à réussir une telle ascension, cela tient du miracle. Le Christ Rédempteur, qui a tout vu, n'a pas du apprécié ce pâle imitateur.


Les trois grandes nouvelles du jour sont la présence de Sepp Blatter, qui s'est placé tout près de la porte de secours, de celle de Michel Platini, qui n'a pas maigri, et les chaleureuses accolades de Angela Merkel et Dilma Rousseff aux joueurs des deux camps. La Présidente du Brésil a, quand même, remis la coupe au capitaine allemand, Philip Lahm, à la suite d'un joli jeu de trois passes. De même que les joueurs hollandais l'avaient fait, les familles sont montées sur la pelouse pour célébrer l'instant, en lieu et place de la police militaire.


Je voudrais tant que les supporters brésiliens aient été enthousiasmés par ce retour aux sources de l'allégresse familiale pure. Dans une grande enquête, 39% des participants pensent que cette Coupe du Monde est la meilleure de tous les temps. Il est vrai qu'annoncée apocalyptique, elle s'est révélée paradisiaque. 180 goals !


Les messages de sympathie ne cessent d'arriver de tous les coins du monde, ce qui laisse le Qatar bien marri, en effet les Iman se sont opposés au port du fil dental sur les plages. Il semble que le string ne convient au tempérament local. Déjà une fausse clé du succès qatari.


Il y a 8 mois, une délégation allemande est venue visiter le Brésil. Ils ont aimé l'état de Bahia. Je les comprends. La température est stable entre 27 et 31 degrés. S'il pleut, les gens sortent se rincer les cheveux et le soleil vient les sécher quand tout le monde est passé sous la douche. Les gens sont paisibles, gentils, chaleureux et plutôt petits (délicate attention pour le grand crack Philippe Lahm) et les plages d'eau tiède magnifiques.

La délégation a acheté un terrain à Santo André, village de pêcheurs et de vacances bien sympathique dont la habitants, bien que le village soit contourné par la grand route, ont refusé l'asphaltage de la route principale qui le traverse. Ce village se trouve de l'autre côté du fleuve João de Tiba qui longe aussi l'océan au terme d'une boucle magnifique, séparé de lui par une barrière de coraux. On y accède par une traversée en bac. Les plages sont de sable blanc et on y mange très bien. Le détour par la route de terre est de plus ou moins 100 kilomètres. En fait, personne ne le sait. Mais c'est par ici et puis par là.

L'aéroport, international s'il vous plaît, est à Porto Seguro et la route de 30 kilomètres jusqu'à Santa Cruz Cabrália, petite bourgade historique où aurait été dite la première messe sur le sol du Brésil, longe la superbe barrière de corail rouge. Un monument et une caravelle sont implantés là où les Portugais posèrent leurs premiers pieds et commirent leur premier meurtre dont personne ne sait s'il précéda ou suivit le premier vol.


Sur ce terrain, ils construisirent un hôtel, un centre de santé, un camp de football ; ils firent don d'une ambulance au peuple. Puis, ils créèrent un centre scolaire intégré à la programmation de Santo Cruz Cabrália. Ensuite, il créèrent une route pour intégrer au village le camp de football. Tout cela fut réalisé par des entreprises locales, principalement de la ville, créant 250 emplois directs dans le camp du football.


Lorsque la sélection arriva, avec les familles, tout le monde entra en contact avec la population locale. Lorsqu'ils avaient du temps libre, les joueurs sortaient en rue ou sur la plage publique, s'ils le souhaitaient. Ils furent invités à participer aux fêtes locales et semblent s'y être amusés comme des petits fous. Puis, ils donnèrent des entraînement de football aux enfants des écoles, échangèrent des maillots de la Mannschaft avec des maillots de Esporte Club Bahia, apprirent l'hymne du club de Dante.

Quelques vidéos proposées par les villageois circulent sur You tube, diffusées malgré la promesse de ne pas le faire - ils sont de Bahia, quand même -. Schweinsteiger devint l'idole des enfants et des plus grands. Certains joueurs souhaitèrent rencontrer des indiens, qui sont très sympathiques et bien intégrés sur la côte. Il aura fallu quelques semaines aux journalistes brésiliens, qui n'ont aucun intérêt pour Santo André, pour découvrir tout cela. Mais, les amis lecteurs auront compris que, par hasard, j'ai des attaches nostalgiques avec Santo André de Bahia.

La sympathie est devenue réciproque entre les Brésiliens et la sélection allemande, puis le peuple allemand. Il y avait das Auto, il y a das Seleção. Bien sûr, cela a été habilement pensé, mais le cœur a pris le dessus sur la politique.

Ainsi, après la nette victoire sur la Seleção brésilienne, au contraire des Argentins, les Allemands n'ont jamais manqué de respect envers le peuple. Ils ont veillé à ne pas aller trop loin dans le score, ils ont tenu à rendre hommages aux cracks brésiliens du passé, allant même à en faire des idoles. Il s'excusèrent de la raclée et veillèrent à ne pas célébrer ouvertement leur qualification. Ils envoyèrent des messages personnels sur tous les réseaux sociaux pour remercier les gens de leur accueil et les féliciter de ce beau pays.

Ceci n'est pas seulement le fait de la sélection mais de tous les supporters, y compris Klinsmann, l'entraineur des Etats-Unis. Enfin, les supporters ont fait de nombreuses réservations pour les prochaines vacances en famille.


Jamais je n'oserai raconter à mes amis brésiliens que l'entraineur belge a refusé que ses joueurs soient fêtés par leurs supporters au retour au pays. Ils le prendraient pour... je ne sais pas.

Peut-être ce qu'il est vraiment?


Les Allemands sont champions du monde.

PS : en 1986, les joueurs de l ́équipe nationale belge, à l'exception de deux ou trois d'entre eux, qui participaient au Championnat du Monde au Mexique, ont crée une maison belge pour l'éducation des enfants, dans le village où ils séjournaient.

Coïncidence, les Belges furent éliminés au stade des demi-finales. Léon Semmling m'a dit qu'ils s'étaient retrouvés seulement deux joueurs dans le car pour aller visiter une centre historique, mais Michel Renquin m'a confié que tous les joueurs avaient le cœur retourné par la misère qu'ils avaient rencontré dans ce village. L'association est restée active pendant plus de 20 ans, très discrètement administrée par l'Union Belge sous la supervision de Michel d'Hooge.

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