Analyse Pourquoi de plus en plus de supporters estiment que la FIFA - et un homme en particulier - a vendu son âme
Donald Trump ne sera pas le seul visage fort de cette Coupe du monde 2026. Gianni Infantino, président de la FIFA, devrait lui aussi attirer les caméras, lui qui rêvait depuis des années d'organiser un Mondial aux États-Unis.
Mais en même temps, ce tournoi résume parfaitement la manière dont le Suisse a transformé la FIFA au cours de la dernière décennie en une machine commerciale sans précédent.
Des billets hors de prix, mais Gianni Infantino y voit une preuve de succès
Lorsque Gianni Infantino est arrivé au pouvoir en 2016 après la chute de Sepp Blatter, il s’était présenté comme l’homme qui allait redonner de la crédibilité à la FIFA. Le football mondial devait redevenir la priorité et les revenus devaient être redistribués aux fédérations affiliées. Dix ans plus tard, la FIFA est financièrement plus puissante que jamais, mais les critiques n’ont jamais été aussi nombreuses.
Lors de sa conférence de presse à la veille du début de la Coupe du monde, Gianni Infantino a surtout tenté de détourner l’attention des nombreuses polémiques entourant le tournoi. La participation de l’Iran, les prix très élevés des billets et les problèmes de visas rencontrés par les supporters et les officiels ont alimenté les débats pendant plusieurs mois.
Le président de la FIFA a choisi de répondre frontalement à ces critiques. Concernant l’Iran, il a souligné que le football devait rassembler les peuples et que le sport pouvait offrir un moment d’évasion face aux conflits qui secouent le monde. À propos du prix des billets, il s’est montré encore plus catégorique. Selon lui, les plus de six millions de billets vendus prouvent que le marché valide cette politique tarifaire.
Cette déclaration résume parfaitement sa vision. Tout est une question de croissance : plus de matches, plus de participants, plus de compétitions et, au bout du compte, plus de revenus.
Croissance, croissance et surtout plus d’argent
La Coupe du monde est passée de 32 à 48 nations. La Coupe du monde des clubs s’est transformée en un gigantesque tournoi à la valeur commerciale inédite. Les revenus de la FIFA pour le cycle 2023-2026 sont désormais estimés à environ 13 milliards de dollars. Des montants qui auraient semblé inimaginables il y a encore quelques années.
Les partisans de cette stratégie soulignent que davantage de pays profitent aujourd’hui de cette croissance. Les petites fédérations reçoivent plus de moyens financiers et ont plus souvent l’occasion de se montrer au plus haut niveau. Les détracteurs, eux, y voient surtout une organisation qui multiplie les compétitions afin d’augmenter toujours plus ses revenus.
Les relations politiques de Gianni Infantino continuent également de susciter des interrogations. Officiellement, la FIFA se présente comme une institution neutre. Pourtant, son président affiche régulièrement sa proximité avec plusieurs dirigeants mondiaux. Lors de cette Coupe du monde, son lien avec Donald Trump est impossible à ignorer.
Le président américain souhaitait depuis longtemps accueillir une Coupe du monde aux États-Unis et a trouvé en Infantino un allié de poids. Ces derniers mois, le patron de la FIFA a d’ailleurs épargné Donald Trump de toute critique. Même lorsque des questions ont été soulevées concernant les problèmes de visas rencontrés par des supporters et des officiels, Gianni Infantino s’est refusé à critiquer les autorités américaines.
Une situation qui débouche sur un paradoxe frappant. La FIFA présente cette Coupe du monde comme la plus inclusive de l’histoire, alors que plusieurs supporters issus de certains pays rencontrent des difficultés pour entrer sur le territoire du pays hôte.

Gianni Infantino en dirigeant mondial
Pour l’instant, tout cela semble avoir peu d’impact sur la position du président de la FIFA. Au contraire. Jamais son pouvoir au sein du football mondial n’a été aussi important. Avec 211 fédérations membres, la FIFA compte même davantage d’adhérents que les Nations unies.
Gianni Infantino en est parfaitement conscient. Là où ses prédécesseurs étaient avant tout des administrateurs, il se présente de plus en plus comme un dirigeant mondial utilisant le football comme un instrument d’influence. L’élargissement des compétitions, la conquête de nouveaux marchés et les liens étroits entretenus avec les centres de pouvoir politiques et économiques s’inscrivent dans cette même stratégie.
Pour lui, cette Coupe du monde représente bien plus qu’un simple événement sportif. Elle constitue le joyau d’un projet qu’il construit depuis maintenant dix ans.
La grande question reste toutefois celle de la durabilité de cette stratégie à long terme. Car plus les revenus augmentent, plus les attentes et les critiques grandissent également. Les prix des billets, le calendrier surchargé, les interférences politiques et la distance grandissante entre les dirigeants du football et les supporters alimentent une contestation de plus en plus forte.
Pour l’instant, Gianni Infantino demeure pourtant intouchable. Son "American Dream" est devenu réalité et cette Coupe du monde s’est imposée comme le plus grand projet commercial de l’histoire du football.
Mais comme pour tout dirigeant puissant, une règle demeure immuable : plus le pouvoir grandit, plus les critiques deviennent virulentes lorsque les choses tournent mal. Et durant cette Coupe du monde, le monde du football observe peut-être Gianni Infantino avec autant d’attention que les stars présentes sur le terrain.
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