L'Alphabut de Dupk : la lettre N comme match Nul
Dirk Diederich
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L'Alphabut de Dupk : la lettre N comme match Nul
Photo: © SC

Au rythme d'une lettre par jour, Dupk nous feuillette son Alphabut. Aujourd'hui, nous abordons la lettre N comme dans match Nul, mais pas si nul que ça.

N comme match Nul

 

Un match nul : presque un lapsus d’une époque anti-communiste à outrance qui manie le culte de la gagne, de l’inégalité, de l’écrasement, de la supériorité, de l’Uber et de l’Unter-Mensch. Dans le monde du football de l’après-chute du mur de Berlin, l’égalité, c’est caca, c’est une incongruité salope, c’est le partage puant, c’est la parité gluante comme une méduse échouée sur nos plages de la mer du nord.

Liberté, Egalité, Fraternité ! La trinité révolutionnaire est désormais ringarde et effacée au Karcher d’un millénaire qui ne jure plus que par la puissance du fric. Malheur aux vaincus et bonheur insigne aux vainqueurs.

Le match nul, c’est le manifeste du Parti Communiste. L’abjection suprême. L’utopie criminelle. Les années nonantes en ont fait un autodafé, un acte de foi à la morale des puissants et des triomphateurs roublards. Depuis lors, depuis la fameuse chute du mur de Berlin, la victoire rapporte trois points et non plus deux comme avant, la défaite rapporte que dalle et le match nul un point qui vaut à peu près ce que vaut la pièce d’un centime d’euro au fond d’une poche percée.

Un match nul suscite la déception inévitable du supporter, un sentiment de manque, de manque à gagner. Les mines s’affichent défaites. Les coups de sifflet fusent d’unanimité. Sauf quand en coupe de Belgique, Wuustwezel parvient à pousser au partage le Sporting d’Anderlecht en plein stade Constant Vanden Stock. On entend alors les trente-huit partisans du club provincial  saluer la déconvenue honteuse des mauves avec une joie qui ferait presque plaisir à voir.

Mais moi, je suis de la vieille époque, de celle qui fredonne encore les Bella Ciao, qui entonne le Chant des partisans de toutes les égalités, qui sexpistolise le Temps des (deux) cerises posées sur une soucoupe comme deux zéros affichés sur le marquoir de la finale de la Champion’s League. Je kiffe pour la beauté de la symétrie des 0-0, des 1-1 et des 2-2. Le partage de l’élégance, la sensualité des deux yeux de chatte de Mariel Hemingway, l’équilibre bien balancé de jambes fusées lancées vers un firmament d’entre-cuisses. Je me toque pour le partage christique, j’avale à la bonne l’hostie du résultat coupé en deux parts égales pour la communion communarde. L’émotion d’une larme perle sur ma joue en guise de salutation à l’échange des maillots en fin de partie entre joueurs conciliants, réconciliés et fadés. Le partage fou, le draw fun, le zéro partouze, voilà mon credo.

Je me souviens d’une finale de coupe d’Europe en 1974 à Bruxelles entre le Bayern et l’Atletico de Madrid. Je me souviens de frère Schwartzenbeck qui à la nonantième minute d’un tir sidéral sidéra tous les gagne-petits en égalisant et amena Bavarois et Madrilènes à soulever   ensemble dans les tribunes du Heysel les coupes de Champagne qui symbolisèrent tellement bien ce soir-là le trait d’union d’une Europe toujours à construire. Je partageai cette nuit-là avec cette humanité Ole-Prosit-Ole ma première flûte de Champagne.

Le lendemain, en classe, le gamin que j’étais en avait gardé deux yeux pétillants en forme du plus merveilleux des 1-1.

 

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