Du rire aux larmes : en immersion complète avec la délégation de l'Union dans le Grand Nord
Photo: © photonews
La Ligue des Champions est déjà terminée pour l'Union Saint-Gilloise. Mais avant même de rejoindre l'Europa League, cette double confrontation contre Bodø/Glimt aura déjà fait vivre des sensations fortes à toute la délégation. Récit de deux journées intenses au nord du cercle polaire acrtique.
Zaventem, lundi matin : en plein mois d'août, la journée est particulièrement chargée, que ce soit dans le sens des départs ou des arrivées. Sur le coup de 8h, des passagers particuliers font irruption dans le hall des départs : moins de 48h après leur déplacement champêtre à Westerlo, les joueurs et le staff de l'Union Saint-Gilloise se mêlent aux vacanciers pour un déplacement professionnel attendu par tout un club.
Le chassé-croisé international du football belge ne concerne pas que les Saint-Gillois. D'autres passagers habitués des stades de Pro League se croisent d'une gate à l'autre, comme Michael Verschueren ou plusieurs arbitres belges dépêchés sur des rencontres européennes, eux aussi partis de bonne heure.
Le retour des déplacements européens pour l'Union
Il n'existe pas de ligne directe pour effectuer les 1900 kilomètres entre Bruxelles et Bodø en temps normal. Mais l'avion affrété par l'Union effectuera ce trajet vers le Grand Nord en droite ligne. Il embarque avec lui la délégation unioniste, renforcée par plusieurs partenaires.
10h15 : le vol charter prend son envol dans une ambiance détendue : Promise David taquine les hôtesses avec sa bonne humeur habituelle, certains joueurs bouquinent et/ou écoutent de la musique, d'autres jouent aux cartes d'une rangée à l'autre.
Mohammed Fuseini nous rejoint brièvement à l'arrière pour une interview en plein vol. A 10 000 mètres d'altitude, il se confie sur son retour en forme après ses blessures de la saison dernière et sa récente agression sur le parking d'une boîte de nuit bruxelloise.
13h : l'appareil se pose sur la piste du petit aéroport de Bodø. Latitude : 67,28° Nord. Beaucoup moins au thermomètre. Pendant que la Belgique suffoque, nous sommes accueillis par la fraîcheur norvégienne, riche de dix petits degrés.
Première étape de ce périple : l'Aspmyra Stadion, théâtre de la rencontre du mardi, pour y assister aux conférences de presse. Avec ses 8000 places et sa façade au béton légèrement effrité, l'enceinte n'est plus de première journée et sera d'ailleurs remplacé par un stade flambant neuf, plus en conformité avec le nouveau statut du club.
Reste que le bâtiment a son charme, avec des appartements et un supermarché nichés dans la tribune côté chaussée, derrière l'un des deux buts. Nous pénétrons à l'intérieur par la tribune latérale. Sur le chemin de la salle de presse, les entrailles du stade sont plus modernes, avec le lieu de vie des joueurs, des tables de ping-pong, et des bureaux spacieux.
C’est juste beau. Savoir que ce stade, cet Aspmyra Stadion, connaissait la D2 il y a neuf ans… et qu’il va maintenant recevoir un 1/8e de finale de Ligue des Champions…🥲🇳🇴L’histoire de Bodø/Glimt est tout simplement hors-norme. Celle qui prouve que dans ce football qui se… pic.twitter.com/2VBSl3lgU0— Nordisk Football (@NordiskFootball) February 25, 2026
Bingo : nous arrivons à temps pour la conférence de presse de Kjetil Knutsen, le coach de Bodø. Il faut dire que le chemin jusqu'au stade a été court ; l'aéroport n'est distant que de 200 mètres. Une distance à l'échelle de ce petit coin de terre reclus face au Saltfjord.
Dans la salle de presse, les journalistes locaux sont surpris de voir arriver ce groupe d'homologues belges qui n'ont même pas pris le temps d'aller déposer ses valises à l'hôtel. Qu'importe : Knutsen alterne entre les réponses en norvégien et en anglais, se montrant très franc sur les problèmes qu'a posé à son équipe le football particulier de l'Union au match aller.
Vient ensuite le tour de Kamiel Van de Perre et David Hubert, accueillis par...deux petits canards en plastique disposés sur le pupitre. Une manière de recevoir les visiteurs comme il se doit ? "Je n'en sais rien, je n'avais jamais vu ces canards ici auparavant, je ne sais pas d'où ils sortent", rigole l'attaché de presse local.
Place ensuite à la première prise de contact avec le terrain synthétique. Comme lors de chaque déplacement européen, les journalistes présents ont le droit d'assister aux 15 premières minutes de l'entraînement. De quoi constater qu'Adem Zorgane participe à la séance collective pour la première fois depuis sa blessure encourue en Supercoupe contre le Club de Bruges.
Après ces deux rendez-vous médiatiques du jour, voici venu le temps de découvrir la ville de Bodø. Le stade se situe dans un quartier résidentiel aux maisons typiquement scandinaves. Les plus récentes sont blanches, beaucoup sont également rouges : pour les villes de pêcheurs comme Bodø, il s'agit historiquement de la couleur la moins chère à produire, en mélangeant de l’ocre avec de l’huile de foie de morue.
Toute une ville derrière son équipe
Autre détail frappant : presque toutes les demeures arborent le drapeau jaune de l'équipe locale à leur fenêtre. Il faut dire que Bodø/Glimt n'a pas vraiment de concurrent dans cette étendue reculée, où il faut aller bien loin pour trouver trace d'un autre club professionnel. La proportion est frappante : les 8000 places de l'Aspmyra Stadion sont régulièrement toutes occupées, alors que la ville ne compte que 43 000 habitants.
Nous vérifions au passage une légende vivante : un cheesburger et une pizza Margherita coûtent chacun bel et bien 20 euros. Mais il fallait bien ça pour prendre de la hauteur sur la ville et admirer le fjord sous le soleil couchant, en entrevoyant les sommets des célèbres Îles Lofoten, une cinquantaine de kilomètres plus à l'ouest.
Le lendemain, jour du match, le tableau est moins idyllique : Bodø est balayé par les vents et la pluie. Le centre-ville est assez concentré. Désignée capitale européenne de la culture en 2024, la ville n'offre au premier abord que peu de distractions autour du port. Souvent présentée comme une ville de transit pour les touristes partis en ferry vers les Îles Lofoten, elle abrite tout de même la magnifique bibliothèque de Stormen, idéale pour se réchauffer à l'abri des bourrasques.
Bodø contre vents et marées
Autre havre de paix et de convivialité norvégienne, la salle de presse de l'Aspyrma Stadion nous accueille dès 16h, deux heures avant le début du match. Nichée quelques mètres derrière l'un des deux buts (au-dessus du supermarché), elle offre une vue parfaite sur les trombes d'eau qui s'abattent sur le terrain. Lorsque les températures se font plus extrêmes, convainc même certains journalistes locaux d'y rester pour assister aux rencontres sans descendre en tribune de presse.
En plein mois d'août, pas encore de frimas hivernaux à déplorer. Mais les éléments sont bien là pour nous accueillir en tribune : la pluie battante et le vent latéral nous oblige à jouer les essuie-glaces sur nos écrans d'ordinateur pendant une bonne partie de la rencontre.
Plus habitués à ces conditions (cela se remarque notamment au nombre de k-ways aux couleurs du club qui colorent les travées), les supporters ne rechignent pas à gagner leur place, pour la plupart non-couvertes. Ils sont réchauffés par le feu d'artifice qui donne le coup d'envoi des hostilités.
La physionomie de la rencontre débouche sur 120 minutes sous tension, avec le résultat que l'on connaît. Dès le coup de sifflet final, c'est une véritable course contre la montre qui s'enclenche : le match se conclut vers 20h35, l'avion du retour décolle à 22h et n'a pas été retardé malgré les prolongations.
David Hubert ne s'est donc logiquement pas attardé plus que nécessaire en conférence de presse, déplorant tout de même la gestion du match de l'arbitre. Aussitôt sa prise de parole réglementaire terminée, tout le monde a rapidement migré vers l'aéroport, prenant congé de l'Aspyrma Stadion à moins d'une heure du décollage.
Heureusement, l'aéroport de Bodø n'est pas celui de Dubaï : d'ordinaire désert à cette heure tardive, il ne se remet en branle que pour accueillir son dernier vol vers Bruxelles, de quoi permettre à chacun d'arriver rapidement à la porte d'embarquement. Le CEO Philippe Bormans trouve même le temps d'accorder une interview aux médias présents pour évoquer les conséquences de cette élimination. Pendant ce temps, les joueurs regardent déjà les capsules vidéo de leur prestation à la loupe sur les sièges du terminal.
Après quoi tout le monde prend place dans l'avion. L'ambiance n'est évidemment pas à la fête mais ne vire pas au traumatisme. Certains joueurs dédramatisent, le staff se concerte d'une rangée à l'autre pour tirer les enseignements de la rencontre. Aujourd'hui, tout le monde était déjà attendu au centre d'entraînement de Zaventem malgré l'atterrissage peu après 1h du matin.
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