Interview Charles De Ketelaere se confie sur la Coupe du monde et sur son rôle : "On ne tire pas le meilleur de moi"

Charles De Ketelaere se confie sur la Coupe du monde et sur son rôle : "On ne tire pas le meilleur de moi"
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Charles De Ketelaere s'est récemment confié à notre micro, ainsi qu'à ceux de nombreux journalistes, depuis Tubize. Il a évoqué son positionnement, ses ambitions, la Coupe du monde, mais aussi ses vacances avec Kevin De Bruyne. Une longue interview à découvrir ci-dessous.

Comment vas-tu ?

"Je vais bien. Je suis heureux d’être ici. Je sens beaucoup d’énergie, chez moi comme chez les autres. Ça fait plaisir d’être ici."

Tu sors d’un long été. Est-ce le plus bel été de ta carrière ?

"Oui, absolument. La Coupe du monde a été le plus beau moment de ma carrière. J’ai aussi remporté l’Europa League, mais jouer pour son pays, c’est vraiment quelque chose de spécial. Je ne pense pas avoir souvent vécu un moment où tout le monde était aussi uni. C’était très beau. Sur le plan privé aussi, ça a été un très bel été."

Tu es retourné en Italie après la Coupe du monde. As-tu reçu beaucoup de respect de la part de tes coéquipiers ?

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"Je n’ai pas eu droit à une ovation, mais on sentait beaucoup de respect de la part de mes coéquipiers. J’ai reçu beaucoup de félicitations et plusieurs personnes m’ont dit que j’avais réalisé une bonne Coupe du monde. Ça fait plaisir."

Lorsque l’Espagne est ensuite devenue championne du monde, as-tu encore reçu des réactions ?

"Oui. Quand l’Espagne a remporté la Coupe du monde et que j’étais le seul joueur à avoir marqué contre elle, j’ai même reçu des messages comme si j’avais moi-même gagné le Mondial. (rires)"

Tu avais probablement moins envie de rire juste après l’élimination.

"Après notre match, j’étais surtout déçu. Ce n’est que plus tard que j’ai commencé à prendre un peu de recul. L’Espagne devait ensuite affronter la France, qui était considérée à ce moment-là par beaucoup de gens comme la grande favorite. Quand la France n’a pas réussi à marquer non plus, les gens ont commencé à m’envoyer des messages. Ils me disaient aussi que je pouvais devenir une bonne question de quiz : le seul joueur à avoir marqué contre l’Espagne. C’était sympa à entendre."

As-tu finalement accepté le fait que la Belgique soit passée si près d’une demi-finale ?

"Il faut toujours continuer à y croire. Dans le football, les marges sont très faibles. Je pense que nous avons montré un bon niveau face à l’Espagne. Ils avaient l’avantage, mais je n’avais pas le sentiment qu’ils pouvaient marquer à tout moment en deuxième période, ni que nous étions constamment proches d’encaisser. Ils mettaient tout de même beaucoup de pression. Si tu vas en prolongation, tu te rapproches de la fin et tout peut arriver. Un but, une occasion, ça peut toujours venir. J’avais le sentiment que c’était encore possible. Mais au final, il faut encore gagner deux matchs pour devenir champion du monde."

On peut battre tout le monde

Mark van Bommel a déclaré que vous auriez pu gagner. Cela montre-t-il le niveau d’exigence que Mark van Bommel veut imposer à cette équipe ?

"Cette conviction doit de toute façon être présente. Nous ne sommes peut-être pas favoris contre tout le monde, mais nous avons une équipe capable de faire quelque chose contre n’importe quel adversaire et de battre tout le monde. Quand tu possèdes ces qualités, tu peux espérer aller loin et avoir l’ambition de réaliser de belles choses."

Cette conviction était-elle déjà présente avant la Coupe du monde ?

"Oui, je pense qu’il y avait énormément de confiance au sein du groupe dès le début. Et j’ai aussi le sentiment qu’en Belgique, surtout après coup, tout le monde était très positif à propos de l’équipe nationale. Contre le Sénégal, nous étions pratiquement éliminés du tournoi, mais avec ce retour, tout le pays s’est uni. La joie que l’on a ressentie à ce moment-là était incroyable. La victoire contre les États-Unis a également été importante. C’était une victoire tellement dominante contre une équipe qui nous a fait ressentir à ce moment-là : nous sommes là et nous pouvons réaliser quelque chose de beau. C’était un très beau moment."

Combien de temps cette élimination contre l’Espagne est-elle restée dans ta tête ?

"C’est forcément amer. J’avais déjà vécu une Coupe du monde, mais y jouer soi-même et ressentir toute cette énergie, c’est encore autre chose. Ça reste forcément un moment dans ta tête parce que tu es complètement dans une bulle. Même avant le match contre l’Espagne, tu ne te dis pas : ce soir, je dois organiser mes vacances. Tu penses uniquement : je continue. Je pense que ça m’est resté en tête pendant une bonne semaine. Au final, tu arrives à passer à autre chose parce que tu as vécu énormément de beaux moments. Mais ça reste amer."

Je me sens vraiment comme un attaquant ici, alors qu’à l’Atalanta, je suis de nouveau utilisé comme ailier

As-tu désormais parlé de ton positionnement avec Mark van Bommel ?

"Oui. Il m’avait déjà appelé auparavant et maintenant, cela fait déjà deux jours que nous sommes ensemble ici, donc nous avons eu l’occasion d’en parler. Je pense qu’il me voit comme un attaquant. Je pense avoir fait une bonne Coupe du monde. Depuis que l’ancien sélectionneur m’a placé en pointe, j’estime avoir globalement très bien répondu. Je pense que Mark me voit également comme ça et, ici, je me sens vraiment comme un attaquant."

Te considères-tu alors comme l’attaquant numéro un de la Belgique ?

"Au fond, ce n’est pas vraiment important. Lors de la Coupe du monde, je me sentais comme le premier ou le deuxième attaquant. Si le sélectionneur me titularise, je donne le meilleur de moi-même et je pense pouvoir apporter énormément à l’équipe. Si je suis sur le banc, je n’ai jamais été quelqu’un qui crée des problèmes. Mais je suis ambitieux et je veux jouer le plus possible."

As-tu grandi dans ce rôle d’avant-centre pendant la Coupe du monde ?

"Je pense qu’on grandit peut-être inconsciemment dans ce rôle parce qu’on finit par le ressentir. Quand je joue comme attaquant, on me juge davantage sur le fait de marquer ou non. C’est différent de quand tu joues sur le flanc ou un peu plus bas. Peut-être que ça reste inconsciemment dans un coin de ta tête. Je me considère comme quelqu’un de dynamique. Cela dépend aussi de l’adversaire : parfois, il faut davantage s’excentrer et parfois, il vaut mieux rester dans l’axe. Mais je pense avoir globalement progressé."

Si quelqu’un ne t’avait jamais vu jouer et te demandait quel est ton poste, que répondrais-tu ?

"Attaquant. (rires)"

Et pourtant, à l’Atalanta, tu évolues actuellement à nouveau comme un pur ailier.

"Oui, pour le moment, j’y joue vraiment comme un pur ailier. J’ai aussi longtemps évolué à ce poste par le passé. Au Club de Bruges, j’ai également davantage joué comme attaquant que comme véritable ailier collé à la ligne. Ma meilleure saison, je l’ai souvent disputée avec deux attaquants, avec Noa (Lang), et avec beaucoup de liberté. Je me sens de toute façon mieux lorsque je peux jouer un peu plus dans l’axe que lorsque je dois vraiment rester collé à la ligne."

Cela semble tout de même assez différent de la manière dont tu es actuellement utilisé à l’Atalanta.

"L’année dernière, à l’Atalanta, dans un système en 3-3, je jouais aussi très souvent sur le côté, mais la sensation est quand même différente lorsque tu démarres avec le dos quasiment contre la ligne et que toutes tes actions partent de là. D’autant plus qu’en tant qu’attaquant, tu es davantage focalisé sur les buts."

Tu peux aussi mettre en avant tes statistiques à ce poste.

"C’est vrai. J’ai compté une fois et je pense avoir marqué sept buts en tant qu’attaquant depuis que le sélectionneur m’a placé à ce poste. Je pense donc que ce n’est pas mauvais. Je me sens vraiment comme un attaquant."

Je pense simplement qu’on ne tire pas le meilleur de moi

Pourquoi l’Atalanta continue-t-elle alors à t’utiliser sur le flanc ?

"Nous avons deux attaquants là-bas et moi, je suis capable de jouer sur le côté. Nous avons Scamacca et Krstović, qui sont de vrais attaquants et qui ont toujours joué à ce poste. Moi, je peux aussi évoluer sur le flanc. Je pense simplement qu’on ne tire pas le meilleur de moi lorsque je joue là. Mais le football est un sport collectif. Je ne dois pas penser uniquement à moi."

Tu pourrais donc aussi taper du poing sur la table et dire : je suis le numéro neuf ?

"Dans ce cas, quelqu’un d’autre doit jouer sur le flanc. C’est vrai que nous n’avons pas fantastiquement commencé la saison, mais il y a eu beaucoup de changements. Tu ne te rends pas service non plus en commençant immédiatement à te plaindre de ça. Il faut simplement jouer là où l’équipe a besoin de toi."

Maurizio Sarri a récemment déclaré que tu n’étais physiquement qu’à environ 60 ou 70 % de ta forme. Où en es-tu aujourd’hui ?

"Je pense qu’il a dit ça il y a deux ou trois semaines. Je suis revenu début août, je me suis entraîné pendant une semaine, puis j’ai eu une petite blessure qui m’a tenu à l’écart pendant une semaine. Ensuite, j’ai repris l’entraînement pendant dix jours. J’ai alors disputé mon premier match et il n’était pas bon. Physiquement, je ne me sentais pas bien non plus. Mais contre la Juventus, je me sentais bien physiquement."

Tu joues donc à un poste différent à l’Atalanta et avec les Diables Rouges. Est-ce difficile à combiner ?

"Il faut s’adapter. Avec la Belgique, je me sens désormais davantage comme un attaquant, tandis qu’à l’Atalanta, je joue sur le flanc. Mais j’ai déjà beaucoup joué à ces deux postes. Au final, il faut simplement essayer de tirer le meilleur du rôle qu’on te confie."

Et cela reste ton état d’esprit ?

"Oui. Je suis ambitieux et je veux jouer le plus possible, mais je suis aussi quelqu’un qui ne crée jamais de problèmes lorsqu’il est sur le banc. Le plus important, c’est d’être prêt quand on fait appel à toi."

Kevin De Bruyne prend maintenant beaucoup plus de plaisir.

On ne te considère plus vraiment comme un jeune chez les Diables Rouges désormais.

"Je ne le suis plus ? J’ai 25 ans. En fait, je n’y pense pas vraiment. Je ne sais pas si je suis jeune ou vieux. Cela fait quand même déjà un petit moment que je suis là."

Tu fais par exemple partie du groupe depuis la Coupe du monde au Qatar. Quel regard portes-tu sur Kevin De Bruyne, qui a joué à tes côtés pendant toutes ces années ?

"Si je le compare à avant, je pense qu’il prend aujourd’hui beaucoup plus de plaisir avec l’équipe nationale qu’à l’époque. J’ai aussi vu à quel point il s’était amusé pendant la Coupe du monde. Je pense que, pour lui, continuer était une évidence. Pas seulement pendant le Mondial, mais aussi après, il a pris beaucoup de plaisir."

Vous avez fini par construire une vraie amitié ?

"On s’est toujours très bien entendus, aussi bien à l’entraînement qu’en dehors du terrain. Maintenant, ma copine et sa femme ont également appris à mieux se connaître. C’est peut-être surtout grâce aux femmes."

Vous êtes même restés ensemble après l’élimination contre l’Espagne ?

"Après l’élimination contre l’Espagne, nous étions en fait libres. Ma copine et sa femme logeaient dans le même hôtel. Nous sommes encore restés un peu au bar pour discuter et refaire le match. Et c’est à ce moment-là que l’idée de faire quelque chose ensemble est venue."

Cela s’est donc finalement transformé en vacances ensemble ?

"Oui, en quelque sorte. C’était simplement sympa. Nous avions une bonne relation et, après une Coupe du monde comme celle-là, c’est aussi agréable de passer encore un peu de temps ensemble."

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